février

Des roches blanches aux produits « verts »

Hudson Resources envisage des usages multiples pour le gisement unique de son projet White Mountain

Par Kylie Williams

White Mountain camp
À ce jour, les résultats de forage du projet White Mountain d'extraction de l'anorthosite de Hudson Resources affichent 27 millions de tonnes de ressources indiquées et 32 millions de tonnes de ressources présumées. Le seul gisement connu d'anorthosite plus grand que ce dernier se trouve sur la lune | Avec l'aimable autorisation de Hudson Resources

Seulement deux endroits dans l'univers tel que nous le connaissons renferment de grands gisements d'anorthosite pure et hautement calcique : le projet White Mountain de Hudson Resources au Groenland, et la lune.

Le projet de cette société minière basée à Vancouver renferme de l'anorthosite à haute teneur en calcium et à faible teneur en sodium, une roche ignée qui contient principalement du feldspath plagioclase. En 2016, la société a commencé à construire une mine de minéraux industriels sur le site avec la ferme intention d'expédier début 2018 sa première cargaison de « spath vert », du minerai de feldspath calcique, aux producteurs de fibre de verre du monde entier.

Le gisement sera exploité comme une carrière afin d'en extraire du minerai de feldspath calcique destiné à la production de fibre de verre de type E, un élément structurel essentiel à la fabrication d'aubes de turbines éoliennes. Ce minerai peut également remplacer la bauxite dans la production d'alumine, servir d'enduit pour les peintures ou même contribuer à la fabrication du ciment sans aucune émission de dioxyde de carbone (CO2). Heureusement pour Hudson Resources, la société n'est pas contrainte de s'en tenir exclusivement à un marché ou une application unique, car le gisement est très vaste. À ce jour, les résultats du forage affichent 27 millions de tonnes de ressources indiquées et 32 millions de tonnes de ressources présumées. Le seul gisement connu d'anorthosite plus grand que ce dernier se trouve sur la lune.

La troisième fois est la bonne

Lorsqu'elle est arrivée au Groenland en 2002, la société Hudson Resources ne s'intéressait pas particulièrement à l'anorthosite. Après avoir examiné des rapports à la disposition du public préparés par le Danmarks og Grønlands Geologiske Undersøgelse (GEUS, le centre d'études géologiques du Danemark et du Groenland), la société a jalonné une concession de 96 kilomètres carrés (km²) pour procéder à son exploration dans l'espoir d'y découvrir des diamants.

« Le Groenland est un endroit propice à la découverte de diamants », déclarait James Tuer, président de Hudson Resources depuis 2000. « Nous y avons trouvé de la kimberlite hautement diamantifère ainsi que diverses pierres de deux carats entre 2002 et 2008. »

Cependant, à la suite de la crise financière mondiale de 2008, Hudson Resources a suspendu ses plans de développement d'un projet diamantifère et a réexaminé les rapports du GEUS. Une grande venue de carbonatite mentionnée sur le permis a attiré son attention ; la société a alors changé de cap et s'est tournée vers l'exploration des éléments des terres rares (ÉTR). La carbonatite en question était riche en néodyme et en praséodyme, des ÉTR qui font de puissants aimants. Le marché des ÉTR présentait un fort potentiel de croissance à l'époque, mais développer une mine d'ÉTR aurait nécessité un investissement considérable de capitaux, de l'ordre de plusieurs centaines de millions de dollars.

« Au-delà du fjord, nous nous sommes rendus compte que la grande montagne blanche devant nous était composée à 95 % de plagioclase, du feldspath calcique », expliquait M. Tuer. « Elle présentait un véritable potentiel non développé et on pouvait procéder à l'extraction de ce minéral pour une fraction du coût en capital de n'importe quel autre gisement de la région. »

Hudson Resources procède actuellement à la construction d'une exploitation minière pour la somme de 30 à 40 millions $ qui permettra de concasser et de broyer le feldspath calcique, toujours au titre du même permis d'exploration qu'elle avait obtenu en premier lieu en 2002. La société essaie d'obtenir un prêt à faible taux d'un établissement financier européen pour la construction, et elle tente de son côté de lever entre 8 et 10 millions $ de capitaux propres.

L'exploration du marché du feldspath calcique

Les trois gisements connus d'anorthosite riches en calcium affichant une composition identique à celle de White Mountain sont plus petits, irréguliers et contiennent trop d'impuretés pour convenir à des applications commerciales à grande échelle. Le complexe d'anorthosite de Shawmere dans le nord de l'Ontario et le gisement Lapinlahti en Finlande sont des gisements bien plus petits ; le gisement Gudvangen en Norvège est relativement grand, mais cette exploitation minière souterraine se trouve au sein d'un site inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, et seules certaines parties du gisement conviendront à la production de verre de type E (verre électrique).

« Par rapport à tout ce qu'il existe dans le monde, White Mountain est vraiment un gisement impressionnant », expliquait Jim Cambon, vice-président du développement de projet chez Hudson Resources. « Nous avons étudié nombre de gisements différents ces trois ou quatre dernières années, et en avons jalonné quelques-uns. Rien ne se rapproche du gisement White Mountain en termes de taille et de pureté. »

Mis à part la lune. D'après la National Aeronautics and Space Administration (NASA, l'administration nationale de l'aéronautique et de l'espace), les hautes terres lunaires blanches visibles de la Terre sur la surface de la lune sont composées d'anorthosite. Le gisement de White Mountain est si similaire à la lune en termes de composition que Hudson Resources a fourni à la NASA des échantillons pour ses recherches sur la lune.

Une sorte de minerai pour de nombreux usages

White Mountain est composé à 95 % de plagioclase, lequel contient de la silice (50 %), de l'aluminium (31 %), du calcium (15 %) et un peu de sodium (2 %). Fin 2012, Hudson Resources a commencé à contacter des sociétés du monde entier spécialisées dans la fibre de verre pour leur proposer le minerai de White Mountain et ses produits. L'anorthosite, expliquait M. Tuer, contient une faible quantité de sodium et aucun élément nuisible (des métaux par exemple) qui pourrait affecter la production de fibre de verre.

Le traitement des minerais comprend trois étapes de concassage et séparation magnétique sur le site. La production initiale prévue est de 200 000 tonnes par an, et la durée de vie de la mine est estimée à 107 ans.

Hudson Resources produira le matériau brut essentiel à la fabrication des verres de type E, que l'on utilise aujourd'hui comme fibre de verre structurel dans les fibres de verre haut de gamme servant à la fabrication des aubes de turbines éoliennes, pour des pièces légères dans les voitures et les bateaux, ou comme remplacement des métaux dans les cuves de stockage.

« Ce matériau n'a jamais été accessible dans de telles qualité et quantité ; nous recevons des appels de personnes souhaitant simplement le voir, l'étudier et déterminer ce qu'ils peuvent en faire », indiquait M. Tuer. « Notre seule limite réside non pas dans la ressource en tant que telle, mais dans les possibilités qu'elle offre. »

Une micronisation supplémentaire permettra également de l'ajouter en tant qu'enduit fonctionnel dans les peintures et les polymères pour qu'ils durent plus longtemps. Pour Hudson Resources, l'industrie des verres de type E offre des perspectives inespérées de croissance ; en milieu d'année 2015, la société a signé un contrat de 10 ans avec un producteur de fibres de verre. « Ce contrat couvrira une grande partie de notre production initiale estimée à 200 000 tonnes par an », expliquait M. Tuer dans un communiqué de presse.

« Lorsque les producteurs de fibre de verre utilisent l'anorthosite au lieu du kaolin, on peut s'attendre à une réduction de leurs émissions de CO2 de 10 à 15 % », expliquait M. Cambon. En outre, l'anorthosite pure que l'on trouve à White Mountain pourrait bien remplacer la syénite néphélinique en tant qu'enduit et matière de charge pour les peintures et le plastique, et prolonger leur durée de vie.

L'anorthosite peut également servir à la production de particules d'alumine en procédant à la lixiviation du feldspath calcique avec de l'acide et en le chauffant à des températures élevées, remplaçant ainsi la bauxite dans la production d'aluminium. La bauxite, en comparaison, produit deux tonnes de boues rouges pour chaque tonne d'alumine produite.

« La mine d'anorthosite de Hudson Resources ne générerait aucun déchet », indiquait Don Hains, un géoscientifique professionnel qui a élaboré en 2014 un rapport technique indépendant ainsi qu'une étude de faisabilité confidentielle pour le projet de verres de type E de White Mountain. « Les produits dérivés précieux de silice amorphe et de silicate de calcium (de la wollastonite synthétique) trouvent de nombreux usages sur le marché de l'alumine. »

« Ceci changerait également la donne dans l'industrie du ciment », expliquait M. Cambon. Les usines de ciment procèdent à la combustion des carburants fossiles afin de chauffer le calcaire jusqu'à des températures de 1 450° C pour la fabrication du ciment Portland, le type de ciment le plus commun, qui génère 0,9 tonne de CO2 pour chaque tonne de ciment produit. En mélangeant simplement l'anorthosite avec de l'acide phosphorique, on obtient un ciment ne produisant aucune émission de CO2.

Pendant ce temps-là au Groenland...

En 2016, Hudson Resources achevait environ 75 % de l'abattage à l'explosif nécessaire pour préparer le site à accueillir un entrepôt de stockage, une usine de traitement, une aire d'entreposage du carburant et un atelier pour les camions. Un chaland d'environ 90 mètres arrivera de Nouvelle-Écosse en avril 2017 et servira de dock flottant.

« Le fait que nous soyons situés sur la côte change vraiment la donne pour l'expédition des produits partout dans le monde », déclarait M. Cambon. Hudson Resources prévoit d'expédier ses produits en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. L'accès toute l'année durant et la proximité des routes de navigation et des marchés maritimes font partie des points avantageux pour un projet situé sur la côte ouest du Groenland.

Le pays se targue également d'un gouvernement stable du point de vue politique, qui soutient l'exploration et la mise en valeur des minéraux, ajoutait M. Tuer. Les sociétés minières et d'exploration ont affaire à un seul ministère du gouvernement qui représente l'intégralité des Groenlandais, ce qui évite les réglementations conflictuelles ou les difficultés liées aux revendications territoriales.

Hudson Resources a signé une entente sur les impacts et les avantages (EIA) avec les communautés vivant à proximité du projet et a développé un lien avec l'école des mines locale à Sisimiut. La société s'est engagée à embaucher 80 % d'employés locaux d'ici la troisième année d'exploitation, et prévoit de commencer la construction totale au printemps cette année. Si tout se déroule comme prévu, la mine sera mise en service cet automne, et la première expédition de matériaux de la taille de grains de sables quittera le site en début d'année 2018 à destination de clients à la recherche de fibre de verre. La mine dispose d'une autorisation totale d'exploiter de 50 ans.

Traduit par Karen Rolland

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