François Gariépy

Ces dernières années, l’autonomie est devenue un mot de plus en plus en vogue au sein de l’industrie minière, où les sociétés ne cessent de vanter les bienfaits des machines autonomes. L’industrie doit cependant être vigilante ; il lui faudra soigneusement étudier la mise en oeuvre de ce genre de technologies et déterminer si l’autonomie est réellement son objectif final, car leurs répercussions sur les avantages potentiels ainsi que leur popularité auprès des employés ne sont pas négligeables.

Par définition, on entend par autonomie la capacité à agir sans décisions, conseils ou influence extérieures. Par autonomie des machines, on entend le moment auquel une machine parvient à fonctionner seule, sans aucun contrôle ou surveillance externes. L’automatisation, qui est liée à l’autonomie bien que légèrement différente, permet aux machines d’effectuer des actions sans aucun contrôle humain direct. L’autonomie représente le stade auquel les machines automatisées sont capables de prendre toutes les décisions et d’exécuter les actions inhérentes à leur fonctionnement.

On attribue souvent de nombreux avantages à l’exploitation d’engins miniers autonomes, notamment une plus grande sécurité, une meilleure disponibilité, une variabilité et une usure des composantes moindres, une meilleure productivité, etc. Cependant, le principal avantage qui vient à l’esprit d’un exploitant minier lorsque l’on parle d’automatisation concerne souvent les besoins réduits en main-d’oeuvre. Ce point ne devrait toutefois même pas apparaître sur la liste des objectifs.

L’élimination des opérateurs, et parlà même la réduction de la masse salariale, présente incontestablement un atout financier majeur. Pourtant, cette phase s’accompagnera des coûts et des risques importants inhérents à l’automatisation, notamment le manque de responsabilité et la confrontation à des vides réglementaires. Le fait est que l’automatisation de la plupart des processus est relativement simple et peu onéreuse ; s’assurer qu’ils sont sans danger n’est généralement pas très complexe non plus. Toutefois, garantir que les systèmes mis en oeuvre sont assurément plus sûrs que les activités menées par des humains en toutes circonstances est ce qui viendra gonfler la note de l’automatisation. Il ne suffit pas de dire que les machines autonomes sont en moyenne plus sûres que les machines actionnées par des hommes. On s’attend à ce que les machines autonomes soient plus sûres, ou tout au moins aussi sûres, dans toutes les situations possibles et imaginables. Ainsi, mieux vaut laisser les opérateurs contrôler les machines automatisées (et donc, ne pas les rendre totalement autonomes). Ceci permet aux exploitations de profiter des avantages de l’automatisation tout en laissant la possibilité aux employés de réagir face à des situations anormales le cas échéant.

Les avantages et les coûts augmentent à mesure que le niveau d’automatisation évolue pour tendre à l’autonomie totale. Leur croissance ne se fait cependant pas au même rythme. Les avantages sont plus visibles au départ, lorsque l’on commence à recueillir les fruits des améliorations à notre portée, mais ils perdent en importance à mesure que l’on réalise de plus gros gains. De la même façon, les améliorations successives deviennent plus onéreuses à mesure que sont mises en oeuvre les moins coûteuses.

Le problème est que, jusqu’à sa mise en oeuvre, on ne parvient pas à définir clairement le bon niveau d’automatisation pour une exploitation donnée. Deux choses sont toutefois certaines : 1) en refusant l’automatisation, on ne retirera aucun des avantages qu’elle a à offrir ; et 2) le niveau d’automatisation d’une exploitation va de pair avec une plus forte probabilité qu’elle atteigne un rendement décroissant (c’est-à-dire le niveau d’automatisation où les coûts marginaux l’emportent sur les avantages supplémentaires). Pour la plupart des sites existants, les avantages représentés par l’autonomie ne valent pas la peine d’investir. Ceci ne signifie pas que l’automatisation des exploitations existantes n’est pas nécessaire, mais plutôt que les difficultés liées à la gestion du changement que représente la transition vers l’autonomie constituent un obstacle non négligeable. La gestion du changement est trop souvent sousestimée, et si on ne lui accorde pas l’importance qui lui revient, elle réduira à néant tout effort d’automatisation. Les exploitations minières seront réticentes à remplacer leurs opérateurs chevronnés par des ordinateurs ou des capteurs électroniques, et les essais menés avec des technologies de l’automatisation engendreront souvent des résultats médiocres car les personnes chargées de les tester feront volontairement échouer les prototypes en les poussant au-delà de leur portée opérationnelle.

L’industrie ne doit pas partir du principe que plus aucun opérateur ne sera en charge des engins miniers de demain. Ceci pourrait un jour être le cas, mais nous devons tendre à automatiser davantage les machines et laisser l’autonomie devenir une évolution naturelle à mesure que les machines deviennent capables de supporter de plus longues périodes d’autonomie. Les économies liées à la réduction de la main-d’oeuvre finiront par se concrétiser à partir du moment où l’automatisation permet aux opérateurs de mener des tâches supplémentaires ou d’exploiter davantage de machines simultanément. La mise en oeuvre progressive de ces technologies offre le double avantage de réduire les difficultés liées à la gestion du changement et de minimiser tout investissement ultérieur au-delà du point de rendement décroissant.

Traduit par Karen Rolland


François Gariépy a une grande expérience dans la fabrication de logiciels dédiés aux applications minières. Il est actuellement directeur des solutions technologiques chez Peck Teck Consulting Ltd.

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