L’Ontario devient le premier territoire du Canada à disposer d’une voie réglementaire dédiée pour les projets axés sur la récupération des métaux et des minéraux résiduels à partir des déchets miniers.
D’après les experts, si cette démarche est positive, des obstacles techniques et économiques persistent, et ils contrecarrent les efforts de réexploitation des déchets miniers à grande échelle.
Fin novembre 2024, la province annonçait un changement réglementaire à la Loi sur les mines pour créer un processus de demande de permis spécifique à la récupération des métaux et des minéraux à partir des résidus et des déchets miniers dans des sites miniers ouverts, fermés ou abandonnés de la province.
Ce changement prendra effet en juillet 2025. Les demandeurs de permis devront envoyer leurs projets de récupération et de restauration en détaillant leur proposition pour récupérer les minéraux et pour assainir la terre afin de lui rendre un état « comparable ou meilleur » que ce qu’il n’était auparavant. Le gouvernement peut exiger une garantie financière comme condition d’attribution de permis. Il indiquait que les projets ne seraient pas exempts des autres exigences provinciales ou fédérales.
Certaines terres seront exclues d’activités potentielles de récupération de minéraux, notamment les anciennes mines d’uranium ou d’amiante car elles présentent des risques environnementaux élevés, ou des zones de la province dans lesquelles le gouvernement a investi pour les réhabiliter.
Une « rare » occasion
George Pirie, ministre des Mines de la province, déclarait à l’équipe du CIM Magazine dans un entretien que la province pense qu’il existe des réserves conséquentes de minéraux critiques actuellement emprisonnées dans des crassiers. La province estimait que « des centaines » de sites potentiels renferment des résidus ou des stériles pouvant être mis à profit pour la récupération de minéraux. « La métallurgie et le traitement ont considérablement changé, et les récupérations ont augmenté. Beaucoup de matériaux de valeur étaient laissés dans le sol, inexploités », indiquait-il.
M. Pirie indiquait que l’une des récompenses potentielles est que l’on pourra extraire des éléments des terres rares (ÉTR) à partir de déchets miniers. Les ÉTR sont utilisés dans les véhicules électriques, les turbines éoliennes et l’électronique grand public. D’après l’United States Geological Survey (USGS, l’institut d’études géologiques des États-Unis), environ deux tiers de la production mondiale d’ÉTR provenaient de Chine en 2023.
« Si les Chinois décrétaient aujourd’hui un embargo sur les terres rares, nous ne serions pas en mesure de produire ou de fabriquer des moteurs électriques ici. La possibilité de récupérer ces terres rares, particulièrement dans les mines de métaux communs, est impérative », indiquait-il. « Ces zones auront une infrastructure autour d’eux, une fonderie et des raffineries. Il est urgent de développer cette capacité. »
Certaines sociétés en Ontario ont commencé à explorer cette possibilité. La petite société minière Nord Precious Metals Mining Inc., qui annonçait en août qu’elle cherchait à obtenir des permis pour retraiter les résidus de la mine historique Castle River au nord de Sudbury, indiquait dans un communiqué de presse du 2 décembre dernier qu’elle « est sur la bonne voie pour devenir [la] première société à saisir l’opportunité » que présente la nouvelle stratégie de l’Ontario.
Vale a accordé 875 000 dollars sur cinq ans à la Mining Innovation, Rehabilitation and Applied Research Corporation (MIRARCO) de l’université Laurentienne en mars 2023 pour soutenir ses travaux de recherche sur la biolixiviation et la biodépollution, ainsi qu’à ses efforts pour récupérer le nickel et le cobalt des résidus de pyrrhotite. BacTech Environmental a également fait équipe avec MIRARCO pour développer une usine pilote de biolixiviation à Sudbury afin de récupérer du nickel, du cobalt, du fer « vert » et du soufre dans les résidus miniers.
Les retombées économiques ne sont pourtant pas intéressantes pour de nombreuses sociétés. Aynsley Foss, directrice des questions et de la politique pour l’Ontario Mining Association (OMA, l’association minière de l’Ontario), expliquait que l’association approuve le changement réglementaire et participe activement aux consultations et aux ateliers avec le ministère des Mines de la province, et ses membres ont commencé à envisager la possibilité de récupérer des minéraux de leurs résidus ces dernières années. Toutefois, elle reconnaissait que « ce genre de projets, à l’heure actuelle, n’est pas très réalisable sur le plan économique ».
M. Pirie a reconnu que les prix de certaines matières premières avaient chuté, « mais nous pensons que ces baisses de prix sont relativement artificielles. »
Un plus grand potentiel pour la réexploitation des déchets miniers
Karen Chovan, fondatrice et directrice générale d’Enviro Integration Strategies Inc., et dirigeante du groupe de travail sur les résidus miniers de la société de la responsabilité sociale et environnementale (SRSE) de l’ICM, déclarait à l’équipe du CIM Magazine dans un entretien qu’elle espère voir davantage de provinces procéder à des changements réglementaires similaires. Selon elle, la nouvelle réglementation pourrait ouvrir des portes aux acteurs plus modestes, tels que des sociétés indépendantes spécialisées dans la technologie ou le traitement qui souhaitent explorer la valeur minérale potentielle dans des mines fermées ou abandonnées. Elle indiquait que le langage employé dans le projet de loi précise désormais qu’un permis de récupération ne constitue en aucun cas la reconnaissance de l’hypothèse de responsabilité pour l’assainissement d’un site, et aborde tous les dangers d’une mine.
« Auparavant, à partir du moment où l’on touchait à quelque chose, on devenait entièrement responsable de tout ce qui était fait. Même l’échantillonnage était un problème, d’après ce que j’ai entendu dire », indiquait-elle. « [Jusqu’ici], si l’on établissait des données économiques sur le retraitement des résidus et qu’elles apparaissaient comme une décision judicieuse, mais si l’on se rendait compte ultérieurement qu’un problème environnemental sous-jacent dont on n’avait pas connaissance existait, on était tenus responsable de cela et toutes les bonnes choses que l’on avait prévues nous rendaient redevables. »
Mme Chovan indiquait que le langage demandant aux candidats de réhabiliter les sites pour atteindre une qualité au moins comparable à l’état existant du site peut également encourager davantage les sociétés à s’engager dans la réexploitation des déchets miniers. Une version provisoire antérieure de la réglementation permettait la réexploitation seulement si l’assainissement laissait le site dans un meilleur état que précédemment. « Souvent, il est possible de procéder au retraitement, mais cela ne veut pas dire qu’il permettra de se débarrasser des problèmes de contamination historiques qui existent déjà. Toutefois, il est possible de résoudre le problème à la source et de se débarrasser de la source du problème, ce qui ouvre de nombreuses possibilités », ajoutait-elle.
Des données historiques insuffisantes
Jamie Kneen, coordonnateur des relations avec les collectivités à MiningWatch Canada et codirigeant des programmes, indiquait à l’équipe du CIM Magazine dans un entretien que l’organisation attend des sociétés qu’elles récupèrent les métaux résiduels pour améliorer l’efficacité de l’extraction des minéraux, mais aussi pour minimiser la contamination de l’environnement. Il déclarait toutefois que les sociétés s’intéressant aux sites abandonnés ou fermés pourraient ne pas avoir beaucoup d’informations sur ce qui a été laissé.
« Depuis les anciennes exploitations, qui peuvent avoir changé de propriétaires à plusieurs reprises, ces registres pourraient être difficiles à retrouver. Un inventaire pourrait être nécessaire », indiquait-il. « D’un point de vue politique, la province pourrait s’en charger. »
M. Pirie indiquait qu’il s’attend à ce que les experts « étudient de près » le système d’information sur les mines abandonnées de la province, une base de données sur les mines anciennement en production qui contient des informations sur la période durant laquelle elles étaient en service et le nombre de tonnes produites. Toutefois, il reconnaissait que la base de données n’inclut pas d’informations sur les taux de récupération des mines.
Les sociétés minières en exploitation comprendront bien les teneurs et les données géochimiques de leurs résidus, indiquait Mme Chovan.
Toutefois, même si les sociétés ont des informations sur un site anciennement en production, ces dernières pourraient ne plus être correctes après des années de dégradation et de lixiviation, indiquait-elle. Elle indiquait également que la caractérisation des résidus sera « plus difficile » que la caractérisation des corps minéralisés, car les minéraux de valeur se retrouvent souvent dans des boues non durcies. « Il est difficile de dire où se trouvent les différentes matières premières. »
Mme Chovan indiquait également que pour toute activité potentielle de récupération, des concentrateurs pouvant gérer des teneurs fluctuantes de matériaux seront nécessaires.
Traduit par Karen Rolland