Une récente approche nationale en matière de prévention des accidents mortels et des blessures graves vise à utiliser les données afin de renforcer les mesures de protection sur les sites miniers de l’industrie minière canadienne. Avec l’aimable autorisation de Mohamamd Noori grâce à Unsplash
L’industrie minière du Canada ne dispose actuellement d’aucun système national lui permettant de suivre les causes des accidents mortels et des blessures graves et les failles dans les contrôles à leur origine. Ainsi, les sociétés sont livrées à elles-mêmes pour reconstituer des enseignements tirés de données provinciales fragmentées. Avec son initiative de prévention des blessures graves et accidents mortels (initiative SIF, de l’anglais Serious Injury and Fatality), la société de la santé et de la sécurité de l’ICM (HSS) s’efforce de combler cette lacune.
L’initiative SIF vise à créer une base de données nationale des blessures graves et des accidents mortels. Elle servira de plateforme centrale aux sociétés minières de tout le pays, et leur permettra de documenter les incidents liés aux SIF et d’utiliser ces informations pour mettre au point des pratiques exemplaires et des conseils en vue d’améliorer la prévention dans l’industrie.
Compte tenu de l’absence d’un système de transmission unifié au Canada (chaque province et territoire ont leurs propres normes et structures hiérarchiques), les accidents mortels sont souvent communiqués au public, mais les circonstances sous-jacentes et les failles dans les contrôles ne sont pas toujours documentées avec clarté et cohérence. Ceci restreint la rapidité avec laquelle les sociétés évaluent si des risques limités existent dans leurs propres exploitations ou identifient des incidents critiques récurrents tels que des chutes de hauteur, des chutes de plain-pied et des interactions entre véhicules et humains.
Développement de la base de données
La base de données en cours de développement se concentrera initialement sur le suivi des accidents mortels dans le secteur minier, la capture d’informations sur les circonstances des incidents, les failles dans les contrôles et les facteurs de risques critiques pour aider les sociétés à identifier les tendances et à prévenir la survenue d’événements similaires dans leurs propres exploitations.
Les accidents mortels constitueront la priorité, car ils sont plus clairement définis et systématiquement communiqués que les blessures graves ou les accidents évités de justesse à fort potentiel, expliquait Nelson Bodnarchuk, secrétaire de la HSS de l’ICM et vice-président des ressources humaines et des systèmes à Fuerte Metals. Une fois le système établi, la portée devrait s’étendre aux blessures graves et aux accidents évités de justesse à fort potentiel.
Les sociétés minières qui participent à l’initiative ne se contenteront pas de fournir des données. Elles auront aussi accès à des outils axés sur la prévention et des conseils générés par la base de données. M. Bodnarchuk indiquait que l’arrière-plan du système (le backend) qui, selon lui, est « l’élément où résidera toute la magie », permettra d’accompagner les sociétés pour qu’elles accèdent à des diagrammes en nœud papillon standardisés et à des conseils sur la gestion des risques critiques. Ces diagrammes cartographient visuellement la manière dont surviennent les accidents graves et les contrôles nécessaires pour les éviter ou pour atténuer leurs conséquences.
La HSS essaie actuellement de nouer le dialogue avec les sociétés minières de l’ensemble du Canada afin qu’elles fournissent des données. Teck Resources fait partie des premiers participants de l’industrie.
« Nous cherchons d’autres partenaires dans l’industrie afin de développer cette base de données d’ici six à huit mois, dans l’optique de la lancer au second semestre cette année », déclarait M. Bodnarchuk à l’équipe du CIM Magazine lors d’un entretien. « Nous espérons avoir développé une version pilote bêta pour CIM CONNECT 2026 de manière à pouvoir la présenter lors du congrès. Au [deuxième] semestre cette année, nous nous assurerons [ d’avoir réuni] autant de données que nous pouvons obtenir [auprès de sources accessibles au public et de sociétés partenaires]. Nous nous assurerons également de disposer d’un tableau de bord opérationnel destiné au public auquel ce dernier peut souscrire. »
Une fois la base de données fonctionnelle, nous prévoyons d’embaucher plusieurs analystes de données à plein temps d’ici 2028.
L’idée pour cette base de données a vu le jour il y a environ trois ans, après une réunion de la HSS de l’ICM qui a commencé par l’annonce d’un accident mortel dans une mine canadienne. M. Bodnarchuk se rappelle avoir demandé si le Canada disposait d’un système centralisé pour le suivi des accidents mortels et pour connaître les tendances en matière d’accidents, pour s’entendre répondre qu’aucune base de données de ce type n’existait.
« C’est alors que je me suis dit qu’il nous fallait y remédier. J’ai passé environ une année à tenter de comprendre pourquoi ce concept avait échoué dans le passé », indiquait-il. « Je crois que les équipes précédentes ont tenté de l’aborder comme une initiative non financée et non soutenue par l’industrie. Pour qu’elle soit durable, il faut financer cette initiative. »
Après cette réunion, la société a mis au point une charte de projet, a finalisé la documentation en 2024 et a présenté l’initiative lors du congrès CIM CONNECT à Vancouver, en Colombie-Britannique, cette même année. La présentation a entraîné la formation d’un groupe de travail sur les blessures graves et accidents mortels (groupe de travail SIF) qui a commencé à évaluer les distributeurs afin de mettre au point une plateforme pour la base de données à la mi-2025, et a depuis sélectionné un prestataire.
Si le projet n’en est qu’à ses balbutiements, M. Bodnarchuk expliquait que « notre espoir pour l’avenir est que nous parvenions à [faire équipe] avec chaque société minière au Canada. Ainsi, si un accident mortel se produit, les sociétés concernées nous enverraient les informations requises, que nous ajouterions à la base de données dans les 24 heures. »
Observations de l’industrie
Emily Tetzlaff, directrice des publications pour la HSS de l’ICM et scientifique principale chargée de l’environnement, la santé et la sécurité à Wenco International Mining Systems, est spécialisée dans les enquêtes sur les accidents. Elle était donc très enthousiaste à l’idée de participer au projet après en avoir entendu parler pour la première fois lors d’une présentation au CIM CONNECT 2024.
En sa qualité de directrice des normes pour le groupe de travail SIF, Mme Tetzlaff contribue à l’élaboration d’un document « dynamique » sur les normes de risques SIF, ainsi que d’un guide de mise en œuvre pour soutenir l’intégration de la gestion du contrôle critique dans les systèmes de sécurité sur les sites miniers au Canada, lesquels évolueront au fil du temps.
Dans cette fonction, elle a aussi identifié le besoin d’un élément de recherche et a proposé une étude pour élargir la participation de l’industrie et enregistrer les observations des participants. Cette étude a commencé à se développer durant l’été 2025.
« [Nous voulons déterminer] ce dont les sociétés ont besoin et ce qu’elles attendent de cette initiative, la manière dont elles l’utiliseront et ce qu’elles utilisent actuellement [pour transmettre leurs données], afin de pouvoir étudier les avantages et les inconvénients [de ces systèmes] », déclarait Mme Tetzlaff dans un entretien avec l’équipe du CIM Magazine.
Le groupe a publié une enquête en ligne accessible jusqu’au 28 février aux personnes travaillant dans l’industrie minière canadienne. L’enquête est menée en collaboration avec l’Université Laurentienne, le Centre for Research in Occupational Safety and Health (CROSH, le centre de recherche sur la santé et la sécurité au travail) et Wenco Mining Systems.
Cette enquête rassemble les observations des participants concernant leurs préférences en matière de formation sur l’utilisation du tableau de bord une fois que la base de données sera opérationnelle, leur volonté de partager des données, ainsi que des questions concernant la gestion des données et la confidentialité. Ces observations contribueront à la conception de la plateforme.
Si l’enquête vise à façonner la manière dont évolue l’initiative, M. Bodnarchuk indiquait que la seule présence de meilleures données ne permettrait pas d’éviter les accidents mortels, sauf si elle encourage une application plus cohérente des contrôles cruciaux sur les sites miniers.
Il ajoutait que les accidents mortels peuvent même se produire dans des sociétés affichant une culture de la sécurité solide, ce qui montre souvent qu’un ou plusieurs contrôles ont été mis de côté à un moment donné. La difficulté, expliquait-il, est de reconnaître que ces failles ne sont pas forcément des événements isolés.
« [Au Canada], nous sommes véritablement parvenus à réduire la fréquence totale des blessures enregistrées. En revanche, nous n’avons pas réussi à éliminer les accidents mortels », déplorait-il, ajoutant que l’une des idées fausses les plus répandues sur les accidents mortels au travail est que nous sommes plus aptes à les éviter que ce que nous ne le sommes réellement. Ce sens de la complaisance peut s’avérer mortel.
Un épisode récent de la série de webinaires Safety Share du CIM Magazine et de la société de la santé et de la sécurité (HSS) de l'ICM, diffusé le 4 décembre 2025 (uniquement disponible en anglais), a fait le point sur l'état d'avancement de l'initiative.