(De gauche à droite) la modératrice Lucy Potter et les intervenants Catherine McLeod-Seltzer, Adam Lundin, Jonathan Price et Randy Smallwood sont montés sur scène pour la séance plénière d'ouverture de CIM CONNECT 2026. Photo : Jon Benjamin Photography

L’avantage minier du Canada n’est pas difficile à déterminer. Le pays est naturellement doté de ressources naturelles, d’institutions et d’une réputation internationale en matière de stabilité que peu de territoires peuvent égaler.

La différence ces deux dernières années est le niveau d’attention que reçoit désormais l’industrie. Des gouvernements au grand public, l’industrie minière s’est fermement forgé une place sur le devant de la scène, entraînée par une transformation plus profonde de l’économie mondiale. La demande en métaux et minéraux s’accélère, alimentée par les systèmes énergétiques, les infrastructures de données et les pressions géopolitiques.

« L’heure du Canada est venue », déclarait Jonathan Price, directeur général de Teck et conférencier d’honneur au congrès et salon commercial CIM CONNECT 2026 le 4 mai. « Le Canada possède ce dont le monde a besoin. Mais en fin de compte, la détermination est un choix. »

Ce qui s’ensuit de ce choix, expliquait-il, est un besoin de s’aligner sur la politique, l’infrastructure et le partenariat si l’industrie minière du Canada souhaite tenir ses engagements à l’échelle et à la vitesse requises.

Dans ce contexte, l’industrie minière ne doit pas se contenter de répondre à la demande. Elle doit trouver des moyens d’avancer plus vite, de collaborer plus efficacement et d’ajuster son fonctionnement aux attentes croissantes des gouvernements, des communautés et des investisseurs.

Une certitude politique

La politique est apparue comme l’un des facteurs les plus décisifs et complexes pour déterminer si les projets se concrétiseront ou pas.

Si les gouvernements ont élevé les minéraux critiques au rang de priorité en créant des initiatives telles que le Bureau des grands projets (BGP) et le Fonds de croissance du Canada (FCC), le problème réside, selon les responsables de l’industrie, dans l’exécution et, spécifiquement, dans le besoin de cadres réglementaires plus prévisibles et fiables.

« En mettant en place les paramètres réglementaires et l’écosystème nécessaires, le gouvernement s’attend à ce que nous investissions, rapidement », indiquait M. Price. « Peu d’exemples se sont concrétisés jusqu’à présent comme résultat direct des changements dans la politique gouvernementale. »

étaient d’accord sur le fait que le Canada dispose du capital et de l’expertise technique, mais que les incertitudes concernant les calendriers d’obtention de permis et l’évolution des attentes continuent de ralentir les décisions en matière d’investissement.

« Je pense que notre industrie est complètement capable de recueillir des fonds pour de grands projets. Toutefois, les grands projets ont besoin de ce que les gouvernements peuvent nous accorder, à savoir une obtention de permis fiable », déclarait Catherine McLeod-Seltzer, administratrice de Teck.

Dans cet environnement, la clarté devient aussi importante que la rapidité.

« Donnez-nous des règles du jeu fermes », indiquait Randy Smallwood, président non exécutif du conseil d’administration de Wheaton Precious Metals.

Il qualifiait de pas dans la bonne direction les récents efforts déployés pour accélérer la délivrance de permis dans des territoires tels que l’Ontario. Il faisait par ailleurs remarquer que des calendriers plus précis étaient essentiels pour préserver la confiance des investisseurs sur les longs cycles de développement caractéristiques des projets miniers.

Une infrastructure porteuse à grande échelle

Les contraintes au niveau de l’infrastructure restent aussi un problème déterminant.

La richesse minérale du Canada est bien établie, mais l’accès à ces richesses (particulièrement dans les régions isolées) dépend de l’infrastructure qui souvent, n’existe pas encore. Qu’il s’agisse de l’électricité, du transport ou de la capacité de traitement, ces insuffisances continuent de limiter le développement de projets rentables.

« La contrainte ne réside pas dans ce qu’il y a dans le sol, mais plutôt dans les routes pour y parvenir, le transport d’énergie électrique jusqu’à ces lieux et les ports pour transporter les matériaux extraits », expliquait M. Price.

M. Price et Smallwood évoquaient notamment des régions telles que le nord-ouest de la Colombie-Britannique et le Yukon, qui abritent un fort potentiel de ressources encore non mises en valeur en raison des coûts élevés des infrastructures.

« L’opportunité au Canada est incroyable. Nous avons à peine effleuré la question », indiquait M. Smallwood.

Pour surmonter ces difficultés, il faudra s’éloigner des solutions par projet et se rapprocher de méthodes partagées.

« Dans cette industrie, la collaboration n’est clairement pas notre fort », déplorait M. Price. « Nous allons devoir résoudre ce problème, pas seulement en partageant la mise en valeur des ressources, mais aussi en partageant les infrastructures… en mode multi-utilisateurs. »

L’infrastructure multi-utilisateurs, les corridors d’infrastructures partagés et l’investissement public-privé coordonné ont été mis en avant à plusieurs reprises comme indispensables pour tout en minimisant les incidences sur l’environnement.

Des attentes croissantes en matière de partenariat

Si la politique et l’infrastructure déterminent ce qui est possible, les partenariats définissent toujours plus ce qui est acceptable.

Les attentes de l’industrie minière de la part des communautés autochtones, des gouvernements et de la société dans son ensemble ont considérablement évolué, plaçant une importance croissante sur les avantages, la transparence et la valeur partagée à long terme.

« Les aspirations ne cessent de croître », indiquait Mme McLeod-Seltzer. « Notre industrie a intensifié sa performance en matière de durabilité et d’environnement, mais ce n’est clairement pas un domaine dans lequel elle excelle. »

Les personnalités présentes au congrès faisaient remarquer que cet engagement n’est plus transactionnel. Les communautés autochtones s’attendent à une participation sérieuse, pas seulement à la consultation, mais aussi aux résultats économiques des projets exploités sur leurs terres.

« Des groupes autochtones attendent, à juste titre, un partage plus équitable des bénéfices de l’industrie minière à l’avenir », indiquait M. Price. « Nous avons un équilibre délicat à gérer entre la vitesse à laquelle nous voulons avancer pour lancer la production dans de nouvelles mines, et la consultation et les partenariats nécessaires qui doivent être instaurés avec ces communautés. »

Il est essentiel d’équilibrer ces tensions pour faire progresser ces projets, d’une manière qui est à la fois opportune et durable, s’accordaient à dire les personnalités présentes.

La collaboration, une exigence

Dans l’évocation de chacun de ces thèmes (la politique, l’infrastructure et le partenariat), un dénominateur commun apparaissait : la collaboration.

Qu’il s’agisse de la construction de l’infrastructure, de l’alignement sur les gouvernements ou des actions communes sur la chaîne de valeur, l’ampleur de la difficulté entraîne un changement dans la manière de fonctionner de l’industrie.

« Ensemble, ces choix sur la politique, l’infrastructure et le partenariat déterminent si le Canada est prêt à saisir sa chance de devenir un fournisseur de confiance de minéraux critiques dans un monde plus fragmenté », concluait M. Price.

Traduit par Karen Rolland