Deux étudiantes en génie minier de l’université Queen’s sur le site dans le cadre de leur programme de stage. Tous les élèves étudiant le génie minier à l’université Queen’s doivent suivre un cours obligatoire sur la durabilité. Avec l’aimable autorisation de Dalena Vo

Les écoles des mines exposent leurs étudiantes et étudiants aux défis de l’industrie minière, et les préparent à devenir de futurs spécialistes techniques, en phase avec les besoins du secteur. L’industrie minière étant, à l’instar des jeunes Canadiennes et Canadiens, plus impliquée que jamais dans la durabilité de son activité, les établissements d’enseignement supérieur cherchent à s’assurer que les prochaines générations de spécialistes en génie minier intègrent ce marché en ayant bien à l’esprit les enjeux en matière de durabilité.

Dans la salle de classe

Que ce soit dans les écoles des mines traditionnelles ou dans des cursus d’ingénierie proposant une option sur l’exploitation minière, les programmes abordent la durabilité environnementale par différents moyens. Dans le programme de génie minier de l’université de la Colombie-Britannique (UBC), plusieurs cours sont consacrés à cette dimension environnementale.

« Aujourd’hui, pratiquement l’ensemble de nos cours intègrent, de près ou de loin, la dimension de la [durabilité] », déclarait Tonia Welch, professeure adjointe et coresponsable du programme de premier cycle du Norman B. Keevil Institute of Mining Engineering (l’institut Norman B. Keevil de génie minier) de l’UBC. « Comment réduire sa consommation d’énergie, comment réduire son impact sur l’environnement, et comment collaborer efficacement avec les communautés locales ? Voici les trois questions autour desquelles s’articule notre cursus. »

À titre d’exemple, Mme Welch soulignait que dans le cours de deuxième année, intitulé Introduction to Mining (Introduction à l’activité minière), la durabilité est au premier plan. Cette introduction aborde entre autres l’histoire et l’héritage moderne de l’activité minière, les droits et le statut des Autochtones ou encore les conséquences environnementales durant le cycle de vie de la mine. Ce cours se penche également sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), ainsi que sur la responsabilité sociale des entreprises (RSE). L’un des travaux que les étudiantes et étudiants doivent rendre consiste à identifier les plans de gestion de l’environnement et des parties prenantes de plusieurs sites miniers.

Dans le cadre du cursus en génie minier, on retrouve également d’autres cours axés sur la durabilité, concernant précisément l’activité minière et l’environnement, la gestion des déchets miniers et la mobilisation des peuples autochtones au Canada, entre autres.

En tant que coresponsable du programme, Mme Welch cherche souvent à s’assurer que le contenu du programme correspond aux besoins de l’industrie. Si l’intelligence artificielle est actuellement un sujet de conversation récurrent dans le secteur, les modifications à apporter aux programmes en génie minier portent principalement sur la durabilité, et particulièrement sur le savoir-être professionnel (les compétences non techniques) à cet égard, selon les retours qu’elle a reçu de l’industrie.

« Ce que l’on entend la plupart du temps par savoir-être professionnel, c’est [la capacité à comprendre] l’influence [des décisions de l’industrie] sur le monde, les communautés autour de nous, [ainsi que] sur les personnes avec lesquelles nous travaillons », expliquait Mme Welch.

Développer ses compétences non techniques, c’est entre autres apprendre aux futurs ingénieurs et ingénieures des mines à être capables de se rapprocher des communautés, tout en abordant les enjeux environnementaux avec les parties prenantes et les titulaires de droits du secteur, dont il faut également comprendre les besoins.

De l’autre côté du pays, à l’université Queen’s dans l’Ontario, le Robert M. Buchan Department of Mining (le département des études minières Robert M. Buchan) met en avant, à travers un cours obligatoire, l’importance d’une approche durable chez les étudiantes et étudiants en génie. Ce cours sur la durabilité est enseigné durant la dernière année du cursus, souvent après une année de programme d’alternance travail-études. Il analyse l’environnement opérationnel que vont intégrer les futur·e·s diplômé·e·s, notamment les politiques, les lois ou encore les instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme. Dans le cadre de ce cours, les étudiantes et étudiants découvriront aussi l’initiative Vers le développement minier durable (VDMD) de l’Association minière du Canada (AMC).

Anne Johnson, professeure adjointe en génie minier à l’université Queen’s et enseignante de ce cours, déclarait qu’il permettait aux étudiantes et étudiants de découvrir les bonnes pratiques d’un certain nombre de domaines du secteur minier. « À la fin de ce cours de dernière année et du cursus en général, l’objectif est de savoir agir avec empathie et compassion, d’avoir développé des compétences interculturelles et de pouvoir communiquer efficacement, ce qui n’est pas monnaie courante dans les cursus en ingénierie », précisait-elle.

« L’empathie est, selon moi, l’ingrédient secret à ajouter à l’excellence technique. La plupart des jeunes auxquels j’enseigne aujourd’hui disent aspirer à être des chefs de file d’ordre différent. Ils veulent pouvoir se présenter la tête haute et affirmer que c’est ainsi que l’on exploite les mines au Canada, de manière responsable. Et je veux leur donner les outils nécessaires pour y parvenir. »

À l’université de la Saskatchewan, où le génie minier constitue l’une des cinq options du cursus en génie géologique, Donna Beneteau, professeure adjointe, utilise la norme P5 pour la durabilité dans la gestion de projets comme nouvel outil d’enseignement afin d’encourager l’esprit critique et les débats autour de la durabilité au sein de la classe.

Élaborée par GPM Global, la norme P5 est un outil général de gestion de projets qui regroupe cinq aspects fondamentaux (appelés « les cinq P ») permettant d’intégrer la durabilité à la gestion de projets : les personnes, la planète, la prospérité, les produits et les processus. Mme Beneteau se sert de cet outil pour provoquer de nouvelles discussions autour la durabilité lors de ses cours de conception géologique et environnementale.

« Au début, je donnais aux étudiantes et étudiants des projets [de conception], qui pouvaient être basiques, une route qui accédait à un site minier par exemple », expliquait-elle. « Puis j’ai intégré la norme P5 pour qu’ils se creusent les méninges sur tous les aspects [du] projet. De fait, si l’on considère tous les points différents [à prendre en compte avec cet outil], en émergent des idées que l’on n’aurait jamais trouvées dans une séance ouverte de remue-méninges. Cette méthode structurée, c’est ma façon d’intégrer indirectement la durabilité [dans] une réflexion sur le cycle de vie entier du projet et toutes les répercussions qui pourraient en découler. »

D’après Mme Beneteau, les considérations sur les produits et les processus (et notamment les processus qui permettent de s’assurer que tous les projets sont viables, qu’ils soient axés sur la durabilité ou non) sont essentielles et donnent lieu à des discussions fondamentales sur la durabilité.

« L’échec d’un projet s’explique tant par son processus que par n’importe quel autre paramètre », expliquait Mme Beneteau. « Si le processus indispensable aux changements que l’on souhaite entreprendre n’est pas instauré, le projet ne fonctionnera jamais. On doit pouvoir mettre en œuvre nos idées, que l’on ne pourra peut-être pas faire germer [en ne tenant compte] que des [dimensions] sociale, économique et environnementale. »

Former de futurs spécialistes des mines soucieux de la durabilité

Les programmes en génie étant, d’une certaine manière, limités par les programmes d’accréditation, chaque cursus n’insiste pas autant sur la durabilité. « La plupart des établissements proposent bel et bien un cours sur la durabilité, mais il est parfois facultatif, ce que je trouve inquiétant. En effet, celles et ceux qui auraient le plus besoin d’un cours sur la durabilité seront probablement les mêmes qui ne [le] sélectionneront pas », expliquait Mme Johnson. « J’aimerais voir des établissements qui s’engagent à inclure un cours obligatoire englobant [les paramètres] environnemental, social et économique. »

Cependant, on peut constater un écart entre l’enseignement de la durabilité et la pratique sur le terrain. « Parfois, surtout lorsque [les jeunes diplômé·e·s] débutent, ils n’arrivent pas encore à adopter une vue d’ensemble [et] ce qu’on aborde en classe n’est pas immédiatement mobilisé dans leurs expériences professionnelles », faisait remarquer Mme Welch. « Nous devons nous efforcer de mieux leur expliquer et de les convaincre du rôle de la durabilité de ce point de vue. »

Même si les écoles en abordent les idées et les valeurs fondamentales, les étudiantes et étudiants ont peut-être besoin de les voir en pratique afin de mieux comprendre leur rôle et leur incidence. Si l’industrie minière souhaite que les étudiantes et étudiants ou les jeunes diplômé·e·s soient mieux préparés aux exigences du secteur en termes de durabilité, elle peut nous aider à mieux comprendre, déclarait Mme Beneteau.

« Les parties prenantes de l’industrie doivent s’exprimer, recruter des étudiantes et étudiants en programme d’alternance travail-études et les encourager à intégrer les priorités des sociétés minières », expliquait-elle. « L’industrie et le corps enseignant doivent travailler main dans la main afin de transmettre les compétences requises en ingénierie. Personne n’y parviendra par soi-même. »

Mobiliser la nouvelle génération

Mme Welch compte de plus en plus d’étudiantes et étudiants intéressés par le secteur minier pour son rôle dans la transition énergétique. Elle constate également que les nouveaux étudiants et étudiantes comprennent mieux les enjeux de la durabilité dans l’ensemble de l’industrie minière. « Cette idée de durabilité au sens large et la possibilité d’y contribuer en intégrant le secteur minier sont désormais mises en avant. Ce n’était pas le cas il y a cinq ans, au contraire », remarquait-elle.

Pour celles et ceux qui ne sauraient pas ce que représente le génie géologique et minier dans la pratique, mettre ces aspects en avant pourrait attirer plus d’étudiantes et d’étudiants vers ces filières. Après que l’université de la Saskatchewan a remanié son programme en génie afin de proposer, dès l’automne 2021, une année de tronc commun, Mme Beneteau a constaté un tournant dans les statistiques d’admission dans le cursus de génie géologique.

« Il y a deux ans, on comptait six diplômé·e·s ; aujourd’hui, nos programmes [sont] complets et l’université est contrainte de refuser des candidatures, car les établissements proposant des stages pratiques ont peu de place », expliquait-elle. « La quasi-totalité des étudiantes et étudiants étaient très surpris de découvrir le génie géologique, et beaucoup [se dirigent] vers le génie minier. C’est intéressant de s’adresser à des élèves au lycée ou en élémentaire, mais l’impact auprès des jeunes qui optent pour l’ingénierie et souhaitent réellement s’orienter vers ce domaine est faible. En proposant aux étudiantes et étudiants une vue d’ensemble de l’ingénierie et de toutes ses disciplines, on constate qu’ils sont de plus en plus nombreux à choisir [le génie géologique et minier]. Nous devons commencer à aller chercher celles et ceux qui sont vraiment motivés et intéressés. »

Les étudiantes et étudiants en génie minier sont les premiers à chercher des sociétés minières compétentes en matière de durabilité. « J’entends des étudiantes et des étudiants nommer les sociétés pour lesquelles ils souhaitent vraiment travailler. Généralement, [ce sont celles] qui ont réellement fait leurs preuves ou montrent un engagement marqué vis-à-vis de la durabilité », déclarait Mme Johnson.

Dans l’intérêt du secteur minier et des étudiantes et étudiants, la durabilité peut être intégrée en tant que valeur centrale du cursus de génie minier. Pas seulement pour les préparer à intégrer ce domaine, mais aussi pour leur montrer les possibilités qui s’offrent aux spécialistes de ce domaine.

« J’espère que mes étudiantes et étudiants ont conscience du privilège [et du] pouvoir qu’ils auront pour changer les choses une fois ingénieur·e·s », indiquait Mme Johnson. « Celles et ceux qui accordent de l’importance à la justice sociale ne pourraient pas rêver meilleure filière que le génie minier, car ils auront toute latitude d’y apporter les changements encore nécessaires. »

Traduit par Karen Rolland