Si celles et ceux d’entre nous travaillant dans l’industrie minière ou dans un domaine adjacent comprennent son importance, j’ai constaté depuis un an environ que mes amis et ma famille (qui considéraient jusqu’à présent mes connaissances dans ce domaine comme très spécialisées) commencent à me poser des questions sur les minéraux critiques et les chaînes d’approvisionnement, entre autres. L’industrie est désormais au cœur des débats concernant la sécurité mondiale et la stratégie économique.

C’était un thème récurrent cette année au congrès de la Prospectors and Developers Association of Canada (PDAC, l’association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs), qui s’est tenu du 1er au 4 mars dernier à Toronto. « Aujourd’hui, nous ne sommes plus seulement l’industrie minière », déclarait Don Lindsay, directeur de BHP et directeur général à la retraite de Teck, dans son discours du 2 mars sur les perspectives de l’industrie minière. « Nous sommes désormais l’industrie des minéraux critiques. Les premiers ministres et les présidents parlent maintenant d’accélérer la délivrance de permis et le développement. »

De fait, Tim Hodgson, ministre canadien de l’Énergie et des Ressources naturelles, indiquait dans un discours à la PDAC que nous nous trouvons à « un moment charnière » de l’histoire canadienne. Il insistait sur le fait que les minéraux sont désormais « au cœur du pouvoir, de l’économie, de la défense et de la course vers la neutralité carbone ».

Les minéraux critiques sous-tendent des applications telles que les systèmes et les technologies de défense, l’informatique avancée, les télécommunications et les technologies propres, faisait-il remarquer. Le gouvernement fédéral considère la production accélérée de minéraux critiques à l’échelle nationale comme « essentielle à notre sécurité, notre souveraineté et notre défense nationale », ce que reflète la première stratégie industrielle de défense (uniquement disponible en anglais) du Canada annoncée le 17 février dernier.

M. Hodgson a profité du congrès pour annoncer une stratégie globale qui promet de transformer le Canada en une « superpuissance dans le domaine des ressources », menée par le lancement officiel du Fonds du premier et du dernier kilomètre (FPDK) de 1,5 milliard de dollars pour combler les lacunes en matière d’infrastructures, essentielles au développement des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques. Il a également annoncé un investissement de 165,2 millions de dollars dans 22 projets miniers afin d’accélérer la planification, le développement et la capacité de traitement dans tout le pays.

Au-delà de la politique intérieure, le Canada se place aussi à l’international comme « le point d’ancrage des chaînes d’approvisionnement des pays alliés ». M. Hodgson a annoncé le second cycle d’ententes aux termes de l’Alliance sur la production de minéraux critiques, une initiative qui a vu le jour en juin 2025 durant la présidence du G7 par le Canada. Elle concerne 30 nouveaux partenariats répartis dans dix pays alliés, l’Union européenne et l’Organisation des Nations Unies.

Pour le Canada et ses alliés, indiquait-il, une dépendance excessive envers des chaînes d’approvisionnement étrangères concentrées les rend vulnérables. Il considère le Canada comme une solution de rechange pouvant offrir stabilité, transparence et fiabilité à ses partenaires commerciaux. « Au lieu d’une dépendance envers l’hégémonie, l’investissement au Canada procure une production diversifiée, à faible émission de carbone et fondée sur la primauté du droit », déclarait-il, ajoutant que le Canada n’utilisera jamais ses ressources comme des « outils coercitifs ». Au contraire, « nous les voyons comme des outils pour renforcer le G7 et l’OTAN, et créer un monde plus sûr pour tous nos alliés ».

La question n’est pas de savoir si les minéraux critiques sont importants, mais plutôt la rapidité avec laquelle le Canada peut agir. Les calendriers de délivrance des permis, les lacunes en matière d’infrastructures et la certitude des investissements détermineront la capacité du pays à réellement se positionner en tant que « point d’ancrage des chaînes d’approvisionnement des pays alliés », ou les risques qu’il se retrouve à la traîne.

Traduit par Karen Rolland