Mark Podlasly a joué un rôle transformateur dans les interactions entre les communautés autochtones et l’industrie minière. En tant que directeur général de la First Nations Major Projects Coalition (FNMPC, la Coalition des Premières Nations pour les grands projets), son travail consiste à mettre au premier plan les Premières Nations et à en faire des décideurs, des partenaires et des propriétaires de grands projets d’exploitation des ressources, et non plus des parties prenantes laissées de côté.
Membre de la nation de Nlaka’pamux, la Première Nation dont M. Podlasly est originaire se trouve près de Merritt, en Colombie-Britannique (C.-B.). Après avoir commencé sa carrière dans le domaine du gaz naturel, il a obtenu un master en administration publique de Harvard et a travaillé sur de grandes infrastructures en Asie.
M. Podlasly est revenu en C.-B. en 2008. À l’époque, le domaine du gaz naturel, et particulièrement du gaz naturel liquéfié (GNL), était en plein essor dans la province. « Les hauts responsables autochtones m’ont appelé. Ils savaient que j’avais travaillé dans ce secteur, à l’étranger, avec nombre de sociétés spécialisées dans l’énergie qui essayaient de se développer dans la province, et voulaient savoir ce qu’il se passait », déclarait-il.
Lors d’une réunion en 2010 entre les Premières Nations et une société pipelinière, M. Podlasly constatait que les dirigeants et dirigeantes autochtones devaient améliorer leurs connaissances techniques afin de mieux négocier. « Nos communautés avaient besoin d’une base sur la manière dont fonctionnent les marchés de l’énergie, où se trouvent les Autochtones dans ce marché, et ce qui est requis pour obtenir l’approbation d’un [projet] », se rappelait-il. « Nous avons baptisé le rapport LNG for your Granny [Le GNL expliqué à votre mamie]. Les informations y apparaissaient d’une manière permettant à nos communautés de les comprendre, et l’intérêt manifesté a été spectaculaire. »
En 2011, un groupe de 11 Premières Nations de C.-B. a négocié une participation en capital de 30 % dans un gazoduc de 5 milliards de dollars, mais ils n’ont pas pu obtenir de financement abordable. En 2013, cette occasion d’investir leur a filé entre les doigts en raison d’un manque d’accès au capital. L’expérience a convaincu les nations qu’elles avaient besoin d’une organisation dédiée à surmonter les obstacles à l’investissement par les Autochtones dans de grands projets. « C’est à ce moment-là que la coalition a vu le jour », indiquait-il.
La FNMPC a été officiellement créée en 2017. D’après M. Podlasly, qui a occupé des postes à haute responsabilité depuis le début et en est devenu le directeur général en 2024, son objectif initial était d’obtenir un programme fédéral de garantie de prêts. Aujourd’hui, la coalition compte 204 membres de Premières Nations dans l’ensemble du Canada.
« Les sociétés trouvent aussi cela utile, car nous sommes une organisation neutre à but non lucratif », indiquait-il. « Nous ne facturons pas d’honoraires d’intermédiation. Nos services sont gratuits pour les nations. Nous n’avons pas d’intérêts propres en jeu. Les communautés nous poseront des questions qu’elles n’oseraient pas poser à un promoteur de projet [ou] au gouvernement. »
La coalition s’est appuyée sur l’expérience de M. Podlasly pour démystifier les thèmes complexes, et elle publie des rapports sur des thèmes tels que les marchés des capitaux, les services publics de distribution régulés et les petits réacteurs modulaires. Son dernier rapport sur la chaîne de valeur des minéraux critiques, publié en avril cette année, présentait les possibilités de participation des Premières Nations dans le secteur.
« Nous présentons les [informations] de telle manière que les communautés qui ne font généralement pas partie de ces secteurs puissent prendre les informations, puis décider d’y participer ou non », indiquait M. Podlasly. « Il n’y aura pas de consentement tant que les communautés ne comprendront pas ce qui est proposé. »
M. Podlasly était très prévisible du lancement du programme de garantie de prêts pour les Autochtones en 2024. À l’avenir, cependant, il espère que les nations autochtones seront en mesure d’accéder aux marchés des capitaux directement, sans avoir besoin de l’appui du gouvernement.
Pour M. Podlasly, le cas de la participation des Autochtones a évolué au-delà de l’impartialité ou de la consultation. Il se bat pour faire comprendre qu’elle est désormais « impérative » pour la compétitivité économique canadienne et sa capacité à développer de grands projets d’exploitation des ressources.
« Si les populations autochtones ne participent pas, nous n’atteindrons pas les marchés mondiaux à temps. Par conséquent, du point de vue économique, nous sommes tenus en otage par notre plus gros client, les États-Unis », expliquait-il. « La réconciliation économique avec les Autochtones est essentielle à la souveraineté du Canada. »
Traduit par Karen Rolland