Avec l’aimable autorisation de Future Materials Alliance
R
ichard Hiller a une vision audacieuse : ouvrir la voie, sur trois années, à des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques mondialement compétitives dans le nord et l’ouest du Canada.
M. Hiller, qui a à son actif 15 ans d’expérience dans le service public, comprend bien l’importance des chaînes d’approvisionnement et les obstacles qu’elles rencontrent. Les récents conflits commerciaux ont exposé leur fragilité.
« Les États-Unis, le Canada et l’Europe sont lancés dans une course effrénée pour garantir d’autres sources d’approvisionnement [et] une capacité d’affinage et de traitement au moyen de l’investissement public et privé », déclarait-il. « Le nord et l’ouest du Canada disposent des ressources et de l’expertise nécessaires, mais si nous ne parvenons pas à agir conjointement et rapidement, ils ne vont pas nous attendre, et nous ne ferons pas partie du tableau. »
Si les trois territoires et la Colombie-Britannique (C.-B.) ont une activité en amont, M. Hiller faisait remarquer qu’ils fonctionnent sur la base d’un « modèle archaïque d’extraction (au Canada) et d’expédition pour traitement (à l’étranger) », dans lequel les matériaux sont envoyés en Chine pour le traitement car l’infrastructure locale n’est pas suffisante. Pour obtenir davantage de valeur médiane, expliquait-il, la région doit se coordonner autour de ses forces communes, par exemple l’infrastructure, les terres industrielles et la main-d’œuvre qualifiée de l’Alberta et de la Saskatchewan.
C’est alors qu’il était directeur général de la transition énergétique auprès du gouvernement de l’Alberta que M. Hiller a compris la nécessité de cette collaboration régionale. Dans le cadre de ce poste, il dirigeait la mise en œuvre de la stratégie minérale et du plan d’action 2021 de l’Alberta, et a contribué à poser les fondations d’une déclaration commune d’intention sur le développement d’une stratégie canadienne sur les minéraux critiques pour l’ouest canadien, signée par les provinces de l’ouest et les trois territoires en janvier 2026.
En avril, il a rejoint l’Energy Futures Lab (une plateforme pour l’innovation qui œuvre pour façonner l’avenir énergétique du Canada) pour diriger la Future Materials Alliance (FMA, une initiative collaborative sur les matériaux du futur) qui cherche à promouvoir la collaboration interprovinciale par le biais du développement de chaînes de valeur à long terme allant au-delà des cycles politiques.
La FMA est consciente que, par rapport à d’autres provinces telles que l’Ontario ou le Québec, l’ouest et le nord du Canada ont été plus longs à réagir aux occasions présentées par l’évolution de la façon de penser concernant les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques. Son objectif est de trouver un terrain d’entente entre l’industrie, les partenaires autochtones, les gouvernements, les communautés et la communauté de recherche pour mettre en œuvre des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques durables dans la région liées aux marchés nationaux et mondiaux.
L’approche adoptée par M. Hiller vis-à-vis de cette mission implique de nouer le dialogue avec des parties prenantes et des titulaires de droits par l’intermédiaire d’ateliers dans des régions stratégiques afin de mieux comprendre les besoins locaux et d’identifier les possibilités.
En 2025, la FMA a mené une série d’ateliers à Red Deer, en Alberta, pour parler de la création d’une plateforme de traitement des minéraux critiques dans le corridor central de l’Alberta, une région présentant des avantages concurrentiels importants.
« Cela nous a permis d’identifier des domaines que nous pouvons étudier pour contribuer à libérer le potentiel du secteur », indiquait-il. « Par exemple, une raffinerie centralisée pour traiter les projets de plus en plus nombreux de saumure contenant du lithium pourrait débloquer des économies d’échelle. Certains sites du centre [industriel de l’Alberta] sont encombrés ou n’ont pas d’accès au réseau ferroviaire. Ainsi, il faut améliorer le réseau routier pour répondre au trafic croissant. »
Il reconnaissait qu’il était difficile de parvenir à un consensus. « C’est délicat, complexe, parfois cela paraît impossible. »
Toutefois, M. Hiller a de l’expérience dans la mise en œuvre d’initiatives complexes et multipartites. Dans ses précédents postes, il a guidé l’élaboration de l’Hydrogen Roadmap (la feuille de route sur l’hydrogène) de l’Alberta et sa Natural Gas Vision and Strategy (stratégie et vision sur le gaz naturel).
« C’est cette même approche que j’apporte à la FMA », expliquait-il. « Nous identifions les besoins de la région dans les domaines de la main-d’œuvre, de l’éducation et de l’infrastructure, et déterminons les collaborations possibles des sociétés exploitant dans la région, puis nous relions les points pour élaborer un plan plus vaste. »
D’après M. Hiller, la FMA cherche à créer l’espace qui permettra d’accélérer les projets d’extraction de minéraux et de réduire les coûts en identifiant les possibilités pour les promoteurs de projets de collaborer sur des infrastructures telles que des routes, des conduites d’alimentation et des installations d’élimination des déchets.
Il espère que la FMA deviendra une ressource pour les investisseurs du monde entier. « Ils ont un peu peur des grands projets d’infrastructure au Canada », concluait-il. « Nous menons le travail préparatoire pour éliminer les risques au niveau de la communauté, ce qui aidera à éliminer les risques dans le nord et l’ouest du Canada. »
Traduit par Karen Rolland