Avec l’aimable autorisation d"Agnico Eagle Mines

A
u printemps 1980, Véronique Falmagne obtenait son diplôme de génie des mines et des minéraux à l’Université McGill. Au même moment, l’effondrement catastrophique du plafond de l’une des galeries de la mine d’or de Belmoral à Val-d’Or, au Québec, tuait huit mineurs. Quatre ans plus tard, Mme Falmagne devenait la première ingénieure des mines souterraines en activité au Québec, au moment où un phénomène sismique déclenchait une secousse meurtrière à la mine de Falconbridge à Sudbury, en Ontario, entraînant la mort de quatre mineurs.

À la suite de ces tragédies, de nouvelles réglementations ont été élaborées dans le domaine des mines et la présence des spécialistes en génie a été renforcée en souterrain. Ces catastrophes ont aussi marqué l’avènement de recherches révolutionnaires dans des universités canadiennes, et ont contraint l’industrie minière canadienne à se confronter aux réalités du comportement des masses rocheuses et aux risques de stabilité des piliers de couronne. La priorité était de se concentrer sur la prévention plutôt que d’attendre les catastrophes pour réagir.

« L’exploitation minière a fondamentalement changé à la suite de ces drames », déclarait Mme Falmagne, qui a rejoint Mines Agnico Eagle Limitée en 2012 et est administratrice spécialisée dans la mécanique des roches et le contrôle des pressions de terrains depuis 2024. « Cela a aussi marqué la naissance du contrôle des pressions de terrains tel que nous le connaissons aujourd’hui, tant au niveau de l’appréhension de nos actions que de la gestion du risque d’effondrement de la masse rocheuse pour assurer la sécurité de la main-d’œuvre. »

Mme Falmagne ne s’est pas contentée de devenir une pionnière pour les femmes dans le domaine du génie minier au Canada. Elle a également énormément contribué à façonner le contrôle moderne des pressions de terrains.

En 1998, alors qu’elle effectuait un doctorat en géomécanique minière et en conception des mines à l’université Queen’s, elle a été embauchée comme responsable d’équipe pour la technologie minière au Noranda Technology Centre (NTC, le Centre de technologie de Noranda) au Québec, l’un des premiers laboratoires d’entreprise de recherche spécialisé dans le domaine des mines, de la métallurgie et de l’industrie.

Elle y a promu les pratiques en matière de mécanique des roches et de contrôle des pressions de terrains en dirigeant une équipe pluridisciplinaire qui intégrait la géomécanique, la sismologie des mines, la recherche sur le remblai en pâte, l’instrumentation et la conception des mines dans les activités minières quotidiennes. Elle y a également mené un programme d’essai de pointe pour les boulons d’ancrage et a contribué à moderniser l’industrie en privilégiant la formation du personnel, l’automatisation et l’utilisation pionnière de la modélisation d’un système d’information géographique (SIG) en trois dimensions (3D) pour l’intégration des données géomécaniques, l’analyse des risques et l’aménagement des mines.

Lorsque le NTC a fermé en 2003, elle a assuré le transfert du programme d’essai dynamique des boulons d’ancrage aux laboratoires de CanmetMINES de Ressources naturelles Canada.

« Je suis extrêmement fière d’avoir lancé cette initiative. Elle a permis au Canada de préserver sa position dominante à l’international dans le domaine de l’essai dynamique des boulons d’ancrage », indiquait Mme Falmagne, qui a reçu le prix d’excellence de l’ICM dans la catégorie Mécanique des roches en 2024.

Au fil des décennies, elle a créé des solutions pour plusieurs projets miniers techniquement complexes, notamment la conception d’un pilier de couronne artificiel pour permettre le stockage en toute sécurité des résidus miniers à la mine de Pinos Altos d’Agnico Eagle au Mexique, et des applications de soutènement pour l’exploitation minière au sein et en dessous du pergélisol à sa mine de Meliadine, dans le Nunavut. Elle faisait également partie d’une équipe qui a réalisé une nouvelle conception et a réouvert la mine de Goldex au Québec en 2013 après sa fermeture en 2011, en raison de problèmes de stabilité du sol.

Aujourd’hui, elle dirige et inspire des équipes qui gèrent le risque sismique dans plusieurs exploitations minières, notamment à la mine de LaRonde au Québec, la plus profonde au Canada (3 200 mètres), en leur exposant les progrès réalisés en matière de systèmes de soutènement dans des environnements souterrains parmi les plus exigeants au monde. Elle reste également à l’avant-garde de la caractérisation de la masse rocheuse et du développement de modèles géotechniques pour la conception des mines, ainsi que des essais d’outils numériques avancés, qu’il s’agisse du balayage des carottes et de l’imagerie par drone ou du LiDAR (identification, détection et télémétrie par laser) et de l’analyse des données assistée par l’IA.

« Nous devons être conscients des technologies qui existent, mais il faut bien comprendre qu’elles ne vont pas résoudre tous [nos] problèmes », prévenait Mme Falmagne. « Nous devons savoir les utiliser à notre avantage. Il [faut] aussi embaucher des personnes ayant la curiosité intellectuelle et les connaissances nécessaires pour les tester et les adapter aux besoins de notre industrie. »

Grâce à Mme Falmagne et à d’autres pionnières, nombre de ces personnes seront des femmes.

Traduit par Karen Rolland