Avec l’aimable autorisation de Manochehr Oliazadeh
Si le Canada est mondialement reconnu pour sa richesse en minéraux, son expertise technique et ses services d’ingénierie, son écosystème d’innovation reste fragmenté. Les universités du pays sont de classe mondiale, ses bureaux d’études techniques compétents, ses fournisseurs à la pointe de la technologie et ses sociétés minières opérationnelles à l’échelle mondiale. Ce qui lui manque toutefois, c’est ce tissu conjonctif qui transforme les forces individuelles en un avantage national coordonné.
Le principal problème est d’origine structurelle. Les parties prenantes du secteur minier au Canada travaillent souvent en parallèle, et non en partenariat. La participation de l’industrie aux programmes de recherche que mènent les universités est limitée. Les sociétés minières se concentrent sur des solutions exclusives et spécifiques au site. Les fournisseurs développent des technologies indépendamment, sans accès cohérent aux analyses universitaires ou aux connaissances issues de la recherche et du développement (R&D). Les bureaux d’études techniques comblent certaines lacunes, mais pas au niveau national. Malgré leurs forces et leurs efforts individuels, ces groupes travaillent souvent de manière isolée et fragmentent les efforts visant à aborder des enjeux urgents tels que la durabilité, l’efficacité et les progrès technologiques. Ceci résulte en un patchwork d’innovation plutôt qu’en une stratégie unifiée.
Une étude de 2015 de l’université de la Colombie-Britannique (UBC) prévenait que l’incidence de l’absence de planification coordonnée se faisait déjà sentir sur l’éducation dans le secteur minier et sur la capacité à innover. Plus d’une décennie plus tard, les lacunes persistent. Le financement est dispersé entre les organismes, la collaboration dépend des réseaux personnels et non des cadres institutionnels, et les promesses de la recherche perdent de la vitesse avant même qu’elles n’aient atteint la mise en œuvre opérationnelle.
Le secteur minier australien, en revanche, prospère grâce à la collaboration, comme le montre le Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation (CSIRO, l’organisme de recherche industrielle et scientifique du Commonwealth) et ses programmes de partenariat, dont les accomplissements remarquables n’ont pas encore été reproduits par le Canada. Le CSIRO sert de catalyseur en réunissant des universités (par exemple, l’université Curtin, l’université de Queensland), des géants du secteur minier (par exemple, BHP, Rio Tinto), des fournisseurs (par exemple, Epiroc) et des organisations de R&D. Depuis 2005, l’investissement important de l’Australie dans des activités stratégiques de R&D a abouti à des innovations développées par le CSIRO telles que la technologie de triage de NextOre, des agents épaississants à taux élevé, la lixiviation du chlorure, un processus à base de glycine pour la lixiviation du concentré de cuivre et une technologie sur les jumeaux numériques pour l’industrie minière, lesquelles intensifient la productivité et le rendement. Cet écosystème collaboratif, qui repose sur des objectifs partagés, des ressources mises en commun et un dialogue ouvert, est la clé du succès australien. Des initiatives fédérales telles que METS Ignited (regroupant des entreprises spécialisées dans l’équipement, les technologies et les services du secteur minier) et les Cooperative Research Centres (des centres de recherche en coopération) dans le secteur minier favorisent une synergie permettant d’aborder des problèmes qui concernent l’ensemble de l’industrie.
Ces dernières années, le gouvernement canadien a fait des investissements ciblés importants dans la recherche axée sur l’industrie minière, notamment dans le domaine des minéraux critiques et des éléments des terres rares, au travers d’initiatives menées par Ressources naturelles Canada (RNCan) et le Conseil national de recherches. Ces efforts visent à renforcer les capacités de traitement, de recyclage et des chaînes de valeur au niveau national, ce qui aidera à combler les lacunes de longue date entre la richesse en ressources du Canada et son rendement commercial.
L’Australie montre ce à quoi un modèle coordonné peut parvenir. Son secteur minier bénéficie de cadres collaboratifs sur le long terme qui alignent l’industrie, les institutions de recherche et les fournisseurs sur des priorités communes. Les programmes nationaux et les structures de partenariat ont entraîné des progrès dans le triage du minerai, les jumeaux numériques, les procédés chimiques pour le traitement et les technologies de décarbonation. Ces résultats ne sont pas accidentels. Ils relèvent de mécanismes visant à promouvoir la collaboration, à réduire la duplication et à accélérer la commercialisation.
Pour libérer son potentiel, le Canada pourrait imiter le modèle australien et ainsi créer un cadre national afin d’intégrer les parties prenantes dans un écosystème dynamique. Pour ce faire, les personnes à la tête du gouvernement et de l’industrie doivent favoriser le dialogue, financer des projets communs et harmoniser les priorités. En attendant, les parties prenantes du Canada continueront à travailler dur et de manière indépendante, et leurs progrès resteront limités. La réussite de l’Australie est à la fois une source d’inspiration et une difficulté. De fait, la coopération alimente l’innovation, et le Canada doit se montrer à la hauteur pour parvenir à ses fins.
L’innovation prospère là où la collaboration est intentionnelle. Tant que le Canada n’aura pas construit cette base, il continuera d’innover de manière isolée pendant que d’autres innovent à grande échelle.
Manochehr Oliazadeh est directeur technique des études sur les mines, la minéralurgie et les métaux à Worley Canada.
Traduit par Karen Rolland