Avec l'aimable autorisation de Greg Baiden

L’identité du Canada s’est forgée dans la rudesse du Nord, l’endurance des longs hivers et la richesse des ressources souterraines. Mais aujourd’hui, la rudesse ne suffit plus. Pour survivre et prospérer dans un monde concurrentiel et axé sur la technologie, le Canada doit aller au-delà de l’exploitation minière traditionnelle et adopter l’exploitation minière robotisée comme fondement de son avenir.

Les minéraux critiques, tels que le nickel, le cobalt, l’uranium, le lithium et les terres rares, ne sont plus seulement des actifs économiques. Ils constituent désormais des impératifs stratégiques, essentiels pour l’énergie propre, la défense et la fabrication de pointe. Le monde en a besoin, et le Canada en dispose. Mais sans l’exploitation minière robotisée, nous ne pouvons pas les fournir de manière sécuritaire, durable et compétitive.

L’exploitation minière traditionnelle est une activité à forte intensité de main-d’œuvre, dangereuse et coûteuse pour l’environnement. La robotique peut transformer tout cela sur quatre fronts :
» Sécurité : les systèmes robotiques éloignent les personnes des environnements dangereux ;
» Durabilité : le forage, le dynamitage et le transport de précision réduisent les déchets et les dommages environnementaux ;
» Productivité : l’automatisation permet un fonctionnement continu et une récupération plus importante du minerai ; et
» Prise de décision basée sur les données : l’intelligence artificielle et la technologie de la chaîne de blocs géospatiale permettent de suivre en temps réel chaque tonne de minerai, chaque explosion, chaque trou de forage.

L’exploitation minière robotisée n’est pas un luxe. C’est la seule voie viable si le Canada veut devenir le premier fournisseur mondial de minéraux critiques.

Le Canada a déjà démontré ce dont il est capable.

Dans les années 1990, la NASA s’est rendue à Sudbury, en Ontario, pour tester la fiabilité du forage robotisé dans des conditions extrêmes. Mon équipe, chez INCO Limited à Copper Cliff, en Ontario, avait mis au point des systèmes télécommandés afin de moderniser les mines canadiennes et protéger les travailleurs souterrains. Ces démonstrations ont prouvé que l’exploitation minière robotisée fonctionne, même dans certaines des conditions les plus difficiles sur Terre.

Cette capacité a donné à la NASA la confiance nécessaire pour utiliser des foreuses robotisées sur Mars, où elles ont finalement permis de découvrir des traces de vie. Le fait n’est pas que le Canada ait à lui seul rendu possible l’exploration de Mars, mais que l’innovation canadienne en matière d’exploitation minière robotisée a déjà fait ses preuves sur la scène mondiale.

L’environnement canadien, vaste, froid et impitoyable, exigeait autrefois une grande résilience pour survivre. Aujourd’hui, ces mêmes conditions peuvent inspirer l’innovation en matière de leadership. Les camions de transport robotisés, les systèmes de forage autonomes, les essaims de drones, les réseaux optiques qui transmettent des téraoctets de données et le suivi des minerais sécurisé par la chaîne de blocs ne sont pas des idées abstraites. Ce sont des technologies canadiennes, développées en réponse à notre environnement. Ce qui était autrefois une question de survie peut désormais être une question de leadership mondial.

Mais les discours audacieux ne suffiront pas. Le Canada doit agir en lançant plusieurs projets pilotes d’exploitation minière robotisée. Ceux-ci doivent démontrer la sécurité, la durabilité et l’automatisation des opérations sur différents sites miniers. Et ils doivent être mis en place avec un large soutien de :
» Les ministères gouvernementaux, pour fournir des incitations et des cadres politiques ;
» L’Association minière du Canada, pour coordonner les normes ;
» Les nations autochtones, en tant que partenaires dans la conception, la gestion et le partage des bénéfices ; et
» Les syndicats, pour s’assurer que les travailleurs soient formés aux nouvelles compétences et intégrés à la nouvelle génération de l’industrie minière.

Plus important encore, ces projets pilotes doivent être indépendants des cycles électoraux. Trop souvent, les initiatives audacieuses échouent lorsque les gouvernements changent. L’exploitation minière robotisée est un projet national qui nécessite une continuité sur plusieurs décennies, et non sur des mandats politiques.

La modernisation de l’exploitation minière grâce à la robotique ne concerne pas seulement les minéraux, mais elle vise également à redéfinir l’identité canadienne. Si nous prouvons que l’exploitation minière peut être propre, sécuritaire et automatisée, le Canada deviendra non seulement le fournisseur mondial de confiance en minéraux critiques, mais il sera également considéré comme un chef de file dans les domaines de l’énergie propre, de la préparation à la défense et de l’exploration spatiale.

Il s’agit de montrer que les Canadiens ne sont pas seulement polis et résilients, mais aussi inventifs, audacieux et capables de jouer un rôle de premier plan dans les technologies qui comptent le plus.

Si nous ne parvenons pas à nous moderniser, le Canada sera laissé pour compte. Nos alliés chercheront ailleurs des chaînes d’approvisionnement sûres et nos adversaires continueront à utiliser le contrôle des ressources comme une arme.

Si nous réussissons, le Canada sera en mesure de redéfinir l’exploitation minière pour le monde entier, transformant ainsi notre richesse en ressources et nos conditions difficiles en une plateforme d’innovation et de leadership.

Les enseignements tirés de Sudbury sont clairs : l’exploitation minière robotisée fonctionne. Ceux tirés de Mars sont encore plus clairs : l’innovation canadienne peut changer le cours des découvertes. Nous devons maintenant appliquer cet esprit chez nous.

Le choix est clair : moderniser grâce à la robotique ou décliner. Pour le Canada, il n’y a qu’une seule voie à suivre.

Gregory R. Baiden, PhD, est le fondateur de Penguin Automated Systems à Sudbury et l’ancien directeur mondial de la recherche et de l’innovation stratégiques dans le domaine minier chez Inco Ltd., titulaire de la chaire de recherche du Canada en robotique et automatisation minière. Une version de cet article a été publiée pour la première fois dans Northern Ontario Business. Reproduit avec autorisation.

Traduit par Julien Richard