Avec l’aimable autorisation de Monique Simair

Le selenium est devenu un thème important et controversé dans les débats sur l’exploitation minière et la protection de l’environnement. Dans certains cas, cet élément exerce à lui seul une plus grande influence sur l’obtention de permis, les activités et la rentabilité que les substances utiles extraites.

J’ai beaucoup pensé au sélénium (après tout, c’est mon élément préféré). Pendant plus de 15 ans, j’ai mené des recherches scientifiques et j’ai travaillé sur des technologies de traitement de l’eau afin de mieux comprendre le sélénium. Au cours de cette période, plusieurs aspects de sa réglementation se sont révélés à moi comme non résolus et extrêmement difficiles à justifier. 

Le sélénium est un micronutriment nécessaire pour les humains comme pour les animaux. C’est également l’un des rares éléments où la frontière entre « nécessaire » et « dangereux » est très étroite, dépend du contexte et mal définie. À des concentrations élevées, le sélénium peut être problématique pour les vertébrés ovipares tels que les poissons, les salamandres et les tortues. Dans certains cas, il peut s’accumuler dans les organismes vivants par le biais du réseau trophique chez des vertébrés ovipares tels que les oiseaux qui se nourrissent de poissons. Le seuil précis qui délimite le basculement du sélénium d’élément acceptable à élément problématique n’est pas seulement spécifique aux animaux. Il dépend aussi de l’écosystème. 

En réponse, la politique a largement adopté le principe de précaution, à savoir qu’une moindre quantité de sélénium est préférable. Cette position est compréhensible. Ce qui est plus difficile pour moi à concilier, ce sont les incohérences qui se sont accumulées autour de cette dernière. Tout d’abord, bien plus de poissons ont été décimés dans des laboratoires et des études de terrain pour étudier les effets potentiels du sélénium que dans la nature, où l’exposition au sélénium dans l’environnement leur aurait manifestement été nuisible. À ce stade, on pourrait affirmer que l’on tue plus d’animaux que ce que l’on en aide. Cette fin justifie-t-elle les moyens ? Peut-être, mais dans les décennies durant lesquelles ces études ont eu lieu, rien n’a pu être démontré. Ensuite, les directives sur le sélénium sont souvent décrites comme étant scientifiquement prouvées. Si cela se vérifie, la manière dont elles sont mises en pratique devrait être cohérente. Or, elle ne l’est pas. Au Canada, l’industrie minière est réglementée de manière plus stricte que d’autres secteurs qui libèrent du sélénium dans l’environnement. Même dans ce cas, l’exploitation du charbon est traitée différemment de l’exploitation des métaux et des diamants. 

Il est intéressant de noter que les municipalités sont généralement dispensées d’un contrôle de leurs égouts ou eaux de ruissellement qui se déversent dans l’environnement, lesquels contiennent tous deux du sélénium. En outre, les industries bovine et laitière, qui sont réputées être responsables de déversements de sélénium élevés (résultant en partie de l’ajout délibéré de sélénium dans le fourrage pour la santé des animaux), ne sont généralement pas contraintes de contrôler le sélénium, ni même de le gérer ou de le traiter. 

Si le mécanisme préoccupant est la bioaccumulation dans les réseaux trophiques, la réglementation devrait alors suivre des voies d’exposition, et non des étiquettes de l’industrie. Les cadres actuels ne les suivent pas. 

Si les aspects scientifiques sont réglés, cette variabilité dans la réglementation n’a pas beaucoup de sens. S’ils ne le sont pas, il est difficile d’expliquer la confiance accordée à sa mise en œuvre. 

En pratique, la réglementation du sélénium est souvent alimentée par le lobbying et la gestion du risque perçu d’atteinte à la réputation, plutôt que par des preuves scientifiques ou un potentiel démontré de risque pour l’environnement. 

Enfin, les récits publics relatifs au sélénium se sont considérablement éloignés des preuves. 

Par exemple, en Alberta, on a récemment observé une propagation croissante de désinformation délibérée selon laquelle le sélénium provenant de l’exploitation minière menace le bétail et l’agriculture. Ces mêmes vaches, donc, dont l’alimentation est enrichie avec des compléments de sélénium. Une vache devrait boire environ 1 000 litres d’eau par jour d’eaux d’exhaure totalement conformes à la réglementation pour répondre à ses besoins nutritionnels fondamentaux en sélénium. C’est matériellement impossible. 

Enfin, des limites de plus en plus strictes sur le sélénium ont été appliquées à l’industrie minière, ce qui entraîne une augmentation de la demande de systèmes de traitement de l’eau complexes. Cette demande est rarement présentée comme le compromis qu’elle est en réalité. 

Chaque procédé de traitement de l’eau exige des produits chimiques. Chaque procédé génère des déchets. Chaque système consomme de l’énergie. Les risques et les incidences de ces procédés sont réels, et ils doivent être mis en balance avec les véritables bienfaits pour l’environnement, et non avec des dangers hypothétiques ou exagérés. 

Ceci ne tient même pas compte des dizaines ou centaines de millions de dollars que les mines investissent dans la construction d’installations de traitement du sélénium, ni des millions dépensés pour le fonctionnement courant chaque année. 

Après des décennies de recherche, de réglementation et d’investissement, les écarts entre les preuves, la mise en application et les résultats sont trop importants pour être ignorés. 

Je me bats avec cette réalité, car les systèmes qui cessent de concilier les revendications et les résultats sont rarement corrects. La véritable question n’est pas de savoir si le sélénium comporte ou non des risques. Il s’agit de déterminer si l’attention accordée à l’environnement et le capital sont orientés vers des résultats scientifiquement défendables ou vers du lobbying et des apparences. 

Le progrès exige de mettre de côté les émotions et d’examiner les compromis en toute honnêteté. Les scientifiques sont tenus de publier leurs méthodes, leurs hypothèses et leurs limites. Toute personne qui élabore des politiques sur le sélénium devrait être tenue de respecter les mêmes normes. 

Monique Simair est titulaire d’un doctorat en biogéochimie. Elle se spécialise dans la gestion et le traitement des eaux d’exhaure. Elle continue de mener des travaux consultatifs dans ce domaine, tout en assumant la fonction de première directrice du Slogotski Hunt Centre for Entrepreneurship à l’Université de la Saskatchewan. 

Traduit par Karen Rolland