Grâce à des visites sur le terrain et l’accompagnement des spécialistes du domaine, ce programme offre à la promotion étudiante sélectionnée de découvrir les rouages du génie minier dans les moindres détails. Avec l’aimable autorisation de Teck

E
n mai cette année, cinquante élèves en première année d’études supérieures en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM) ont eu l’occasion de découvrir le monde contemporain du génie minier dans le cadre du programme d’expérience de l’industrie minière (EXiM).

Financée par le Conseil des ressources humaines de l’industrie minière (RHiM), cette formation de deux semaines a débuté dans différentes salles de classe au Canada désignées comme des centres d’apprentissage (les learning hubs). Elle s'est poursuivie sur des sites opérationnels, où les étudiantes et étudiants ont travaillé avec des spécialistes de l’industrie, ont pris part à des activités de groupe et ont découvert sur le terrain l’ensemble des métiers qui contribuent au fonctionnement de ce secteur.

Une rémunération de 2 000 dollars leur a été octroyée pour leur participation à cette formation. Les frais d’hébergement et de transport et l’équipement de protection individuelle pour la visite des sites ont été  couverts par les sociétés les accueillant.

D’après Ryan Montpellier, directeur général du RHiM, la diversité faisait partie des priorités du programme, et le RHiM s’efforçait d’inclure des groupes de minorités pour s’assurer que les cohortes reflètent un large panel d’individus et de perspectives. Les personnes présentant un handicap ou ayant des besoins spécifiques concernant l’hébergement pouvaient formuler leurs demandes auprès de l’EXiM, qui se chargeait de les accompagner et de leur offrir une expérience adaptée à leurs besoins, ajoutait-il.

L’ICM, partenaire du programme EXiM, était chargé de coordonner la conception et l’élaboration de présentations en direct sur le secteur minier, qui ont été diffusées dans les trois centres d’apprentissage.

Le programme EXiM était également parrainé par cinq sociétés minières (Teck, Newmont, Agnico Eagle, Cameco et Rio Tinto). Celles-ci ont financé le programme et ont proposé aux élèves prenant part au programme de visiter leurs sites et de se créer un réseau professionnel.

« Notre objectif était de mettre en avant l’importance du secteur minier au niveau international et de permettre aux jeunes Canadiennes et Canadiens de mieux comprendre notre activité ainsi que les différents [métiers] qui la composent », affirmait M. Montpellier. Ce programme, ajoutait-il, cherchait à mettre en avant les avancées technologiques du secteur, tout en expliquant aux élèves la façon dont les matières premières sont transformées en produits que nous utilisons au quotidien.

D’après M. Montpellier, la première édition du programme EXiM, organisée en Australie en 2025 par le Minerals Council of Australia (le conseil australien des minéraux) en partenariat avec Rio Tinto et BHP, avait remporté un « franc succès ». En réponse à cette réussite, les organisateurs avaient exploré la possibilité d’une expansion à l’international, et le Canada s’était imposé comme la nouvelle destination la plus logique.

Il expliquait qu’à l’instar de l’Australie, l’industrie minière au Canada occupe une place essentielle dans l’économie du pays et rencontre les mêmes difficultés, notamment la croissance rapide de la main-d’œuvre, des contraintes en matière de disponibilité de la main-d’œuvre en raison de son vieillissement, le manque d’intérêt des jeunes pour le génie minier et les idées reçues concernant ce secteur d’activité.

Au mois de janvier, au cours des trois semaines de la période de candidature, EXiM avait reçu près de 600 dossiers, sans compter les autres sociétés minières qui se sont manifestées dans l’objectif de commanditer le programme.

M. Montpellier expliquait que dans le cas où cette première tentative au Canada porterait ses fruits, EXiM prévoit d’en faire un programme annuel pouvant accueillir 250 élèves, au lieu des 50 actuels. À terme, l’objectif était de favoriser le parrainage dans le secteur minier, mais aussi de créer un réseau d’anciens élèves et d’en faire des ambassadeurs et ambassadrices du programme.

Des salles de classe à la réalité du terrain

D’après M. Montpellier, le programme EXiM avait été pensé pour les étudiantes et étudiants qui souhaitaient en apprendre davantage sur l’industrie minière, même si leurs connaissances du sujet étaient limitées ou s’ils n’étaient pas certains de vouloir s’orienter vers cette voie.

La première semaine du programme, les élèves participant à EXiM se sont rendus dans un centre d’apprentissage situé dans un établissement d’enseignement à Vancouver, Saskatoon ou Montréal.

Selon Linday Kajiura, responsable des initiatives en faveur des talents et des compétences en devenir au RHiM, « sur une journée d’environ huit heures, [les élèves participant au programme] ont rencontré différents spécialistes du secteur, aptes à répondre à leurs questions, et ont pu travailler sur des activités plus concrètes ».

La deuxième semaine, les étudiantes et étudiants se sont rendus sur un site opérationnel. Cette visite a pu durer jusqu’à quatre jours, pendant lesquels des « guides » ont accompagné les cinquante personnes participant au programme. « Le déroulé de la visite variait légèrement selon le site », ajoutait-elle. « L’objectif de cette visite était d’en apprendre autant que possible sur la réalité de l’industrie minière, de l’exploration des mines jusqu’au produit fini. »

Lorsqu’ils ont visité les sites, les étudiants et étudiantes ont appréhendé plusieurs processus de production, ont interagi avec des spécialistes du secteur, ont assisté à des opérations quotidiennes et ont découvert l’éventail de métiers qu’offre l’industrie minière. Pour les deux derniers jours du programme, ils sont retournés dans les centres d’apprentissage afin d’exprimer leurs ressentis sur cette expérience et ce qu’ils en avaient appris.

Pour M. Montpellier, les visites de site constituaient une part importante du programme. En effet, il considérait que, contrairement à d’autres secteurs comme l’industrie manufacturière ou de la construction, il est difficile de se représenter la réalité de l’activité minière pour plusieurs raisons. L’une d’elles est que les sites miniers sont souvent éloignés des zones résidentielles, ce qui les rend plus difficilement visibles du grand public.

« Il était important pour nous d’amener les étudiantes et étudiants sur un site minier, afin qu’ils prennent conscience de l’étendue et de l’envergure des opérations, affirmait-il. Ils peuvent échanger avec des spécialistes sur place, rencontrer les communautés, comprendre où l’activité se déroule et, nous l’espérons, assimiler [cette expérience] et en faire bénéficier leurs camarades. »

Selon M. Montpellier, la télévision et les réseaux sociaux alimentent les nombreux préjugés sur l’activité minière, renforcent souvent des stéréotypes dépassés et occultent les nouvelles avancées dans le secteur. Mme Kajiura précisait que les idées préconçues concernant certaines conditions de travail, telles que les plannings de travail en rotation, peuvent en décourager certains de s’orienter vers cette voie. Cependant, toutes les sociétés minières n’obligent pas leur main-d’œuvre à faire constamment la navette en avion entre leur lieu de travail et leur domicile.

D’après elle, « quand on ne connaît pas tous les rouages d’un domaine, on se représente souvent ce qu’on pense être la réalité et, même si notre vision des choses peut [d’une certaine façon] y ressembler, elle n’est pas complètement fidèle à la réalité. [Ce programme] était l’occasion pour les étudiantes et étudiants de découvrir le panel d’opportunités professionnelles [au sein de ce secteur] et [de remettre en question] leurs éventuelles idées reçues concernant l’industrie minière ».

En visitant les sites miniers, les cinquante élèves du programme EXiM ont eu non seulement l’occasion de rencontrer des spécialistes en personne, mais aussi de poser des questions qui pourraient les aider à envisager une carrière dans l’industrie minière. Entre autres, ils ont découvert les exigences scolaires pour accéder à certaines fonctions en particulier ou les types de missions englobées dans ces postes.

Mme Kajiura expliquait que le programme EXiM se distingue des programmes d’alternance travail-études et autres programmes universitaires similaires. Dans le cas de l’alternance, les étudiantes et étudiants connaissent déjà bien le secteur qu’ils souhaitent intégrer et cherchent à y découvrir un poste en particulier. EXiM, au contraire, avait été conçu comme un programme exploratoire, dont l’objectif est de mettre en avant auprès des élèves la grande diversité de métiers qui constituent le secteur minier, y compris des postes qu’ils n’avaient peut-être pas envisagés jusqu’à maintenant.

Elle faisait également remarquer que de nombreux programmes d’alternance travail-études ou semblables n’intègrent que des étudiantes et étudiants ayant un certain niveau d’études, alors qu’EXiM n’exige pas le même niveau d’expérience antérieure ni le même parcours universitaire.

Selon Mme Kajiura, pour les participantes et participants qui ne se sentiraient pas à leur place car moins au fait des rouages de l’industrie, les activités prévues pour la première semaine permettaient de briser la glace chaque jour et de créer un sentiment d’expérience partagée en leur montrant qu’ils n’étaient pas seuls dans ce cas. Elle précisait que des intermédiaires avaient été désignés dans chaque centre (des hub facilitators) afin d’apporter aux élèves un accompagnement continu chaque jour.

Investir dans les talents de demain

Patrick Doyle, vice-président des ressources humaines et recherches de talents chez Teck, expliquait que la réussite du programme en Australie a établi un cadre de référence et des résultats concrets qui ont fait d’EXiM un axe de parrainage intéressant pour la société dans le cadre de son expansion au Canada. Ce parrainage, ajoutait-il, s’inscrit dans la stratégie à long terme de Teck concernant sa main-d’œuvre, dans la mesure où il contribue à établir un vivier de candidates et candidats informés et motivés qui apprécient tant la dimension technique que communautaire de l’activité minière.

D’après M. Doyle, « Teck souhaite que les participantes et participants aient conscience de la pluralité des débouchés professionnels accessibles au-delà des postes plus traditionnels. Après avoir échangé avec des spécialistes, les étudiantes et étudiants pourront se construire des attentes précises sur leur travail quotidien, les compétences dont ils auront besoin, ainsi que leur trajectoire professionnelle. Ils doivent terminer ce programme en comprenant qu’un poste dans le secteur minier peut-être stimulant intellectuellement, et bénéfique sur les plans social et personnel ».

En ce qui concerne les générations de spécialistes miniers à venir, M. Doyle pense que des qualités telles que l’esprit critique, la capacité d’adaptation et la collaboration seront essentielles. D’après lui, au fil de l’évolution des projets miniers, des technologies et des réglementations, il faudra impérativement être capable d’analyser des problématiques complexes et de parvenir à des solutions pratiques, tout en faisant preuve de résilience. Enfin, dans le secteur minier, la réussite repose sur un travail pluridisciplinaire en équipe et une forte implication des parties prenantes, deux aspects qui nécessitent une communication et une collaboration efficaces.

Pour Newmont, autre commanditaire, ce programme est une occasion de prendre conscience des pénuries de main-d’œuvre et d’encourager les jeunes talents à intégrer cette voie.

« Chez Newmont, nous sommes fiers de soutenir le lancement du programme EXiM au Canada, car nous constatons la pénurie critique de main-d’œuvre que connaît l’industrie minière et la nécessité de renforcer le secteur à l’échelle nationale et à long terme », déclarait Kristy Lennox, partenaire commerciale chargée des ressources humaines au Canada pour Newmont.

Selon Mme Lennox, EXiM était particulièrement pertinent pour Newmont et sa mine de cuivre et d’or de Red Chris, en Colombie-Britannique, que les élèves ont visitée dans le cadre du programme. Le Canada, expliquait-elle, fait face à un manque cruel de nouveaux talents pour l’exploitation souterraine, particulièrement en matière de services techniques, de spécialisations géotechniques ou d’expertise en exploitation par blocs foudroyés. Ces difficultés placent l’entreprise dans une position critique, alors que Red Chris passe d’une activité minière à ciel ouvert à une exploitation souterraine par blocs foudroyés.

Newmont cherche également à encourager l’inclusion des jeunes de la nation Tahltan. La société met en exergue la nécessité de permettre aux élèves autochtones locaux d’acquérir de l’expérience sur le terrain, afin de s’assurer qu’ils puissent participer au développement responsable de projets sur leur territoire.

Traduit par Karen Rolland