La Stratégie industrielle de défense du Canada accorde une grande importance à l’infrastructure du Nord et de l’Arctique pour la défense et l’activité industrielle. Avec l’aimable autorisation du caporal Luke Barrie, Service d’imagerie de la 8e Escadre / Forces armées canadiennes

En février dernier, le Premier ministre Mark Carney a lancé une stratégie industrielle de défense radicale, promettant d’investir 6,6 milliards de dollars en vue de garantir le rôle de premier plan de l’industrie canadienne dans la reconstruction des forces militaires du pays.

Les fonds proviennent des 81,8 milliards de dollars réservés par le gouvernement fédéral pour les investissements dans la défense dans son budget de 2025. Ils serviront à renforcer la base industrielle du Canada afin de garantir sécurité nationale et prospérité économique sur le long terme.

Toutefois, la stratégie pourrait offrir bien plus qu’un simple renforcement des forces militaires du Canada. En créant une demande à long terme et des acquisitions garanties par le gouvernement, elle pourrait transformer la manière dont les projets sur les minéraux critiques sont financés.

Parmi les cinq piliers de la stratégie figure le développement de chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques en présentant des plans d’expansion de la production, du traitement, de l’acquisition et des réserves en minéraux critiques. Le Canada produit 10 des 12 matières premières identifiées par l’Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) comme étant essentielles à la défense, notamment de l’aluminium, du gallium, du germanium, du graphite et du tungstène.

« Le Canada entre dans la période la plus importante de l’investissement dans la défense depuis des décennies, et l’industrie minière doit commencer à prêter attention », déclarait Marc Caroll Dupuis, conseiller supérieur en défense au sein de la société de conseils en gestion d’Ottawa Arctech Accelerate. « Les sociétés qui prennent acte de ce changement aujourd’hui seront mieux placées pour exploiter pleinement les possibilités qui verront le jour dans les dix années à venir. »

De l’importance de l’investissement dans la défense

Le soutien sera important pour développer des projets sur les minéraux critiques, dont certains sont considérés comme plus risqués que d’autres métaux, et donc plus difficiles à financer.

Nombre de minéraux critiques ne disposent pas de marchés de tarification très actifs ou transparents. Ils peuvent être très peu cotés ou non négociés en bourse, et souffrir d’instruments financiers de couverture limités, de volumes modestes, d’une tarification opaque et d’utilisations finales très spécialisées. Ils peuvent aussi exiger un traitement complexe ou un affinage en aval avant d’être utiles sur le plan commercial.

« Du point de vue du financement, ceci se traduit par des conditions plus strictes, des taux d’avance plus faibles, des exigences supplémentaires en matière de capital et, dans certains cas, une infrastructure financée en parallèle à la mine, compliquant les structures financières », déclarait Carla Potter, associée à Cassels Brock & Blackwell LLP, qui travaille avec des sociétés minières depuis des décennies sur le financement des projets. « Nous considérons les dépenses dans la défense comme une mesure expédiente majeure et une occasion exceptionnelle. »

D’après Ressources naturelles Canada (RNCan), la demande axée sur la défense modifiera la manière dont les institutions financières et les parties prenantes industrielles évalueront les projets miniers. Elles dépasseront les traditionnels cycles de vie et prévisions axées sur les véhicules électriques pour se rapprocher d’une évaluation plus vaste de la valeur stratégique, de la résilience et de l’harmonisation avec les chaînes d’approvisionnement alliées.

« Les banques et les investisseurs prennent de plus en plus en compte la certitude de la demande liée à l’approvisionnement en matière de défense ainsi que la présence d’instruments cautionnés par le gouvernement tels que des accords d’écoulement et des garanties », écrivait RNCan dans un courriel à l’attention de l’équipe du CIM Magazine. Ceci peut réduire le risque des projets en stabilisant les revenus futurs et en réduisant l’exposition à l’instabilité des prix des matières premières, tout en aidant certains projets qui auraient pu avoir du mal à démarrer à atteindre la phase de production.

La boîte à outils comprend des exigences en matière de stockage des ressources, de garanties de prêts et de qualification. Par ailleurs, au titre du Fonds souverain pour les minéraux critiques (FSMC), le gouvernement peut désormais conclure des accords d’écoulement à prix fixe, syndiqués auprès d’alliés, et garantir l’accès et les droits de stockage.

L’action assimilée et coordonnée, telle que le G7 et l’Alliance sur la production de minéraux critiques et la résilience, engendre également de grands changements. Le gouvernement fédéral a annoncé 69 partenariats et initiatives au titre de l’alliance depuis son lancement en juin 2025, générant des dépenses d’investissement de 19,2 milliards de dollars dans les projets canadiens sur les minéraux critiques.

Alison Manzer, associée à Cassels Brock & Blackwell LLP, travaille sur le financement structuré des projets et des infrastructures depuis près de 50 ans. Selon elle, l’état d’esprit a déjà commencé à évoluer.

« C’est évident, les choses commencent à bouger en termes d’investissement dans la défense ces quatre à six dernières semaines, et la prolongation des calendriers de livraison est plus facilement acceptée », déclarait-elle lors d’un séminaire de l’ICM le 29 avril dernier. « Cela s’explique par une peur absolument galopante de ne pas pouvoir avoir accès à ces minéraux dans la chaîne d’approvisionnement. »

Les contrats d’approvisionnement avec des calendriers de livraison atteignant 18 ou 24 mois ne sont désormais plus une exception. En effet, les parties prenantes de l’industrie de la défense savent désormais qu’elles ont de la marge, car cette « explosion du secteur de la défense » durera pendant une bonne dizaine d’années, déclarait Mme Manzer à l’équipe du CIM Magazine dans un entretien.

Pour les sociétés minières, ceci signifie qu’il est assez probable qu’elles commencent à trouver des acheteurs dès maintenant pour la défense, indiquait-elle. Quant à la collecte de fonds, les contrats sont et ont toujours été rois.

« Une fois les contrats en place, il est bien plus simple d’attirer au moins un financement par capitaux propres, et dans beaucoup de cas, un soutien pour le financement par emprunt », ajoutait-elle.

Les avantages à tirer pour les sociétés minières

Afin de tirer parti de cette occasion unique de fonds consacrés à la défense, les directions générales des sociétés minières doivent commencer à se demander lesquelles de leurs capacités permettent de résoudre un problème que la défense tente de régler, quelles sociétés qui travaillent directement pour la défense elles doivent connaître, en quoi leurs technologies existantes s’alignent sur les priorités futures du Canada en matière de défense, et quelles sociétés peuvent les aider à s’y retrouver sur le marché, indiquait M. Dupuis d’Arctech Accelerate.

Les sociétés minières canadiennes ont une expérience considérable qui peut s’avérer utile pour le secteur de la défense, expliquait-il. Certaines technologies qu’elles utilisent pour l’exploitation minière pourraient avoir un double usage, des véhicules autonomes et de l’intelligence artificielle (IA) à la logistique lourde et la surveillance de l’environnement.

« Les sociétés minières modernes exploitent des systèmes industriels parmi les plus sophistiqués au Canada » et leur « expertise opérationnelle » pourrait être utile à la défense, ajoutait-il. Par exemple, nombre de sociétés minières ont de l’expérience dans les environnements arctiques reculés, ce qui s’aligne sur la hausse des investissements dans l’infrastructure de sécurité et du nord de l’Arctique. Elles pourraient également profiter de leurs relations avec les communautés autochtones comme des partenariats stratégiques.

De nombreuses technologies utilisées dans l’exploitation minière autonome sont en phase avec les efforts de modernisation du secteur de la défense. L’initiative MINERVA de l’Armée canadienne (AC), par exemple, s’intéresse tout particulièrement à accélérer le développement sur le territoire des systèmes autonomes et sans équipage tout en renforçant la collaboration avec l’industrie canadienne, indiquait-il.

« En fonction de leurs capacités, les sociétés minières peuvent devenir des fournisseurs pour les sociétés canadiennes ou internationales qui travaillent directement pour la défense. Elles peuvent créer des partenariats stratégiques avec des entreprises spécialisées dans la technologie, des fabricants ou des organismes de recherche, soutenir des projets d’infrastructure du Nord et de l’Arctique, développer leurs activités pour inclure le traitement et la fabrication à valeur ajoutée des minéraux critiques, exploiter les systèmes autonomes, l’IA et les technologies d’opérations à distance pour les applications à double usage, accéder aux programmes d’innovation liés au secteur de la défense et au financement du gouvernement, et bien plus encore », expliquait M. Dupuis.

L’un des points les plus importants pour la base industrielle de la défense dans le Nord est la résilience énergétique. Par exemple, elle aura besoin de batteries et d’aimants qui peuvent supporter des températures de moins 40 degrés Celsius, et qui peuvent alimenter un drone de longue distance sur 1 000 kilomètres.

M. Dupuis conseillait également vivement aux sociétés minières de se familiariser avec la politique canadienne sur les retombées industrielles et technologiques (RIT), dont l’effet peut être multiplicateur. Au titre des RIT, les grandes sociétés qui travaillent dans le domaine de la défense doivent entreprendre des activités commerciales au Canada égales à la valeur de leurs contrats.

Aujourd’hui, le portefeuille des RIT représente environ 84 milliards de dollars au titre de 117 contrats de défense. Il soutient plus de 710 organisations canadiennes, qui sont des petites et moyennes entreprises, indiquait M. Dupuis. Ceci signifie que les sociétés minières pourraient voir des retombées non seulement par le biais de ventes directes, mais aussi grâce à des partenariats industriels stratégiques, à l’innovation, à des technologies de traitement, à l’automatisation, à des solutions environnementales, à l’infrastructure et à la participation à des chaînes d’approvisionnement.

Les sociétés minières doivent faire preuve de créativité pour tirer parti de ce contexte et se repositionner en tant que fournisseur, indiquait Mme Manzer. À terme, ceci permettra au secteur minier de réduire les coûts, d’améliorer les rendements et de faciliter la collecte de fonds.

La chose la plus importante que les équipes de direction du secteur minier auront à faire sera de s’assurer qu’elles sont bien conscientes de la destination des fonds consacrés à la défense, de l’endroit où sont construits les projets d’infrastructure, surtout dans le Nord, et de la possibilité d’en tirer parti, ajoutait-elle.

Si, par exemple, les sociétés minières voient qu’une ligne de transport est proposée pour aller dans une direction, mais qu’en la déplaçant de quelques centaines de kilomètres dans la direction opposée, une ligne secondaire pourrait leur permettre d’accéder à leur projet d’extraction de minéraux critiques, il ne faut pas hésiter à le suggérer, indiquait Mme Manzer. « Il est bien moins onéreux de développer une ligne secondaire à partir d’une ligne ferroviaire existante que de construire une autoroute ou une voie ferrée en premier lieu. »

L’utilisation commune des propriétés et des installations minières est un autre domaine qui pourrait aider les sociétés minières à réduire leurs coûts pour attirer un financement de projet. Les forces armées ont besoin de champs de tir d’essai, d’endroits où faire voler leurs drones sans contrôles de l’aviation et où faire exploser des choses, indiquait-elle. Si des installations ne sont pas utilisées sur la propriété minière, par exemple des logements, ces derniers pourraient être donnés en location.

Les sociétés minières doivent aussi s’intéresser de près à la destination des fonds du secteur privé consacrés à la défense. D’après Mme Manzer, l’intérêt le plus marqué dans les projets sur lesquels elle travaille provient des banques d’investissement, des régimes de retraite et des gestionnaires de grande fortune.

« De nombreux projets sur les minéraux critiques vont dépasser la portée d’un gestionnaire de grande fortune, mais pas celle d’un consortium de gestionnaires de grande fortune », indiquait-elle. « Ils ne s’unissent pas pour investir dans l’industrie minière. Ils se rallient pour investir dans le secteur de la défense. Ce secteur a pris beaucoup d’ampleur et, comme je le dis souvent en ne plaisantant qu’à moitié, la défense s’apprête à devenir le prochain marché du cannabis. Ceci signifie que l’industrie minière doit agir rapidement et bien comprendre les possibilités qui s’ouvrent à elle pour en tirer parti. »

Dans le même temps, la technologie développée pour la défense a été adaptée à une utilisation dans l’industrie minière (et continuera de l’être). Si les sociétés minières parviennent à identifier la technologie de défense qui pourrait les aider à réduire les coûts, elles doivent s’efforcer de devenir clientes ou de collaborer sur des entreprises communes et/ou sur le fractionnement et le partage d’actions ordinaires, indiquait Mme Manzer.

Des difficultés demeurent

Au moment de mettre cet article sous presse, le gouvernement fédéral n’avait pas encore défini les spécifications de la stratégie, et l’industrie minière souhaite obtenir davantage de renseignements sur la manière de parvenir à renforcer les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques. L’une des questions centrales qui reste sans réponse concerne la manière dont le Canada prévoit d’élargir sa capacité de traitement sur le sol national.

« Nous sommes traditionnellement plutôt du genre à construire les choses, à les empiler et à les expédier quelque part », expliquait Mme Manzer. « Ce développement sera très positif pour le Canada lorsque nous commencerons à renforcer notre efficacité du côté du traitement. »

Toutefois, l’un des points qu’il reste à aborder avant que les fonds ne commencent à arriver consiste à régler les messages mitigés répandus par le gouvernement et les banques. La défense est difficile à financer car elle est considérée comme un domaine à risque pour la réputation des principales banques, et c’en est un, encore à ce jour, ajoutait-elle.

« Le gouvernement canadien continue à envoyer un message incohérent pour renforcer l’aide aux secteurs de la défense et des technologies de la défense. Dans le même temps, le BSFI [Bureau du surintendant des institutions financières] n’a pas donné de conseils aux banques sur le risque du secteur de la défense », faisait-elle remarquer. « Bien que le BSFI ait réduit la réserve pour stabilité intérieure en juin afin de libérer du capital à destination du secteur, sans lignes directrices, les banques doivent tenir compte de la répartition des risques élevés, y compris le risque pour leur réputation, pour prêter à ce secteur, considéré comme instable et difficile. Une certaine cohérence doit être adoptée, et je suis convaincue que cela va se produire rapidement. »

Si de nombreux spécialistes sont d’avis que le gouvernement a un rôle à jouer pour créer la demande et réduire le risque de financement, le consensus est loin d’être aussi clair quant à la posture que doit adopter Ottawa pour définir le marché directement.

Heather Exner-Pirot, directrice de l’énergie, des ressources naturelles et de l’environnement à l’institut Macdonald-Laurier, admettait que la direction que prend le Canada est positive et « suit un plan tactique très convenable ».

L’astuce est de s’assurer qu’il est « dirigé par l’industrie et promu par le gouvernement », expliquait-elle. « Nous n’allons pas faire ce que fait la Chine. Il est important que nous travaillions dans un système de marché libre. »

Certains minéraux critiques sont très spécialisés et ne constituent pas des marchés importants, poursuivait-elle. « La raison pour laquelle le marché n’a pas comblé les lacunes en matière de minéraux critiques avant est qu’ils ne sont pas très rentables. Dans un système de marché libre, comment inciter la population à investir dans des produits qui ne leur rapporteront pas car ils ne peuvent pas concurrencer la Chine ? ».

En outre, le secteur de la défense représente une partie relativement restreinte de la demande en minéraux critiques, indiquait-elle, ajoutant que la majeure partie du graphite que produit le Canada est destinée à la fabrication automobile.

« Comment inciter Volkswagen, Audi et Mercedes à acheter du graphite canadien au lieu du graphite chinois, moins onéreux ? Qui paie la différence de prix ? Généralement, nous laissons le libre marché décider. »

Une priorité consisterait à renforcer la coordination entre le Canada et ses alliés, particulièrement dans des nations minières telles que l’Australie, afin que les gouvernements ne subventionnent pas les mêmes minéraux, expliquait-elle.

En avril 2026, un grand exercice d’entraînement des forces armées canadiennes a eu lieu sur d’anciens sites miniers à Thetford Mines, au Québec. Avec l’aimable autorisation du caporal Juan Tornini, Services d’imagerie Valcartier / Forces armées canadiennes

Le Canada risque de se retrouver à la traîne

Si la Stratégie industrielle de défense est un bon début, le Canada avance trop lentement, particulièrement par rapport à des pays tels que les États-Unis, prévenait Ryan Castilloux, fondateur et directeur général d’Adamas Intelligence, une société de conseils spécialisée dans les marchés des minéraux critiques, des métaux et des matériaux.

« Le Canada reste comme pris par surprise en ce qui concerne la définition et l’exécution d’une stratégie qui permettra d’exploiter les vastes ressources en minéraux critiques que recèle notre sol », indiquait-il. « Le Canada parle de ce qui devrait être mis en œuvre et y pense beaucoup, mais ne pose pas réellement de bases. »

Le gouvernement américain, en revanche, investit directement et choisit des champions nationaux dans ce domaine, puis les incite à augmenter la production et l’offre.

En juillet 2025, le ministère de la guerre des États-Unis, anciennement ministère de la défense, a acquis une participation de 15 % dans MP Materials, le plus gros producteur d’éléments des terres rares et d’aimants en terres rares aux États-Unis.

« La participation en capital du ministère est une formidable mise en confiance. Il garantit un niveau de prix minimum et s’engage à écouler la production d’aimants de la société, ce qui a permis de mettre les choses en mouvement très rapidement », indiquait M. Castilloux.

En juin, USA Rare Earth Inc. a obtenu un financement de 1,6 milliard de dollars américains garanti par le gouvernement du ministère du commerce des États-Unis. Les opérations de financement soutiendront les efforts de la société pour étendre ses activités à la chaîne d’approvisionnement des terres rares, notamment l’exploitation minière, le traitement, la production de métaux et la fabrication d’aimants.

En novembre 2025, le ministère de la guerre des États-Unis et le ministère du commerce ont mis en place un partenariat de 1,4 milliard de dollars américains avec Vulcan Elements, qui permettra à la société spécialisée dans les terres rares d’agrandir sa nouvelle unité de production d’aimants en Caroline du Nord pour atteindre 10 000 tonnes par jour.

À la fin de l’année dernière, le ministère de la guerre des États-Unis et le ministère du commerce se sont aussi associés à Korea Zinc pour construire une fonderie pour minéraux critiques de 6,6 milliards de dollars américains dans le Tennessee. Les partenaires investiront conjointement dans le projet, ce qui pourrait permettre de commencer les activités progressivement en 2029.

Des investissements tels que ceux-ci ont incité les banques à s’intéresser davantage au secteur. JP Morgan a annoncé en octobre 2025 que la société investirait 10 milliards de dollars américains de son propre capital dans l’achat d’actions de sociétés considérées comme essentielles à la sécurité nationale et à l’indépendance économique des États-Unis. Le fonds « remonte à une ancienne tradition à Wall Street de ce que l’on appelle les services bancaires d’investissement, lorsque les banques et leurs successeurs dans les années 1980, durant la période du Gilded Age (l’âge doré), investissaient leur capital directement dans les actions de sociétés telles que Consolidated Edison, U.S. Steel et RJR Nabisco, faisant des banquiers de grands sculpteurs de la puissance industrielle de l’Amérique », lisait-on dans le Wall Street Journal le 29 juin.

Toutefois, au Canada, l’aide du gouvernement n’a pas catalysé les investissements du secteur privé dans la même mesure, indiquait M. Castilloux. À moins que cela ne change, il faudra envisager d’autres solutions, qu’il s’agisse de choisir des champions ou un certain type d’hybride, ce qui correspond à la position des États-Unis à ce jour.

« Je partage l’appréciation de l’approche de marché libre de l’Ouest », déclarait-il. « Toutefois, je suis conscient que cela n’a pas fonctionné, et la Chine a utilisé contre nous notre manque de vision. »

L’une des raisons à cela est que les sociétés occidentales se préoccupent de la croissance d’un trimestre à l’autre, indiquait-il, ce qui sape le cas de l’investissement depuis longtemps pour des minéraux critiques tels que les éléments des terres rares, dont les délais de développement sont longs et les prix généralement instables.

Nouveau Monde Graphite est l’une des réussites notables du Canada. La construction de la phase 2 de la mine de graphite de Matawinie au Québec a commencé en mai, six mois après sa présentation au Bureau des grands projets, une agence fédérale lancée l’année dernière pour accélérer la construction de projets tels que des ports, des mines, des corridors commerciaux et énergétiques.

Matawinie sera la plus grande mine de graphite d’Amérique du Nord et dans le G7 lorsque la production commerciale commencera (ce qui est attendu pour la fin 2028). Elle fournira jusqu’à 106 000 tonnes de concentré de graphite naturel par an, sur une durée de vie de la mine estimée à 25 ans. Le gouvernement fédéral a approuvé un accord d’écoulement de la production de 30 000 tonnes par an sur sept ans. En mars, Exportation et développement Canada et la Banque de l’infrastructure du Canada ont conclu un accord sur une facilité de crédit garanti de premier rang de 459 millions de dollars.

La mine à ciel ouvert extraira du graphite naturel, qui sera traité en graphite sphérique puis transformé en matériel d’anode actif très pur pour batteries lithium-ion à l’usine prévue de Nouveau Monde Graphite à Bécancour, au Québec.

« Nouveau Monde est une société exceptionnelle. S’il fallait choisir des champions dans le lot des métaux pour batteries, elle constituerait un excellent choix », indiquait M. Castilloux. « Ce n’est toutefois qu’une goutte dans l’océan des possibilités qui se profilent au Canada. »

« Les États-Unis ont su saisir l’occasion, tout comme l’Australie, et l’Europe commence à la saisir », concluait-il. « En plus de soutenir un petit nombre de projets, nous pourrions faire tant de choses. C’est une question essentielle qui exige d’agir à une vitesse que nous n’avons jamais connue auparavant. »

 Traduit par Karen Rolland