Le titre du Bulletin d’information sur l’exploration minérale canadienne de Ressources naturelles Canada n’aurait pu être plus fade, mais le rapport publié en avril contient de nombreux passages juteux.
Le rapport présente des données sur l’activité d’exploration minérale des années passées et ses intentions pour 2026. En grande partie grâce au prix actuellement très élevé de l’or, les dépenses d’exploration au Canada devraient augmenter de 21 % cette année pour atteindre 5,3 milliards de dollars, dont près de 4 milliards de dollars seraient investis au Québec, en Colombie-Britannique, en Ontario et en Saskatchewan. Si les intentions de dépenses des sociétés d’exploration se concrétisent, ceci représenterait un record.
L’exploration des métaux communs ne devrait pas augmenter. Toutefois, les activités d’exploration de l’uranium, qui ont pratiquement doublé en 2022 et connaissent depuis une augmentation régulière, devraient augmenter de 61 % cette année. L’exploration du minerai de fer, bien qu’elle ne représente qu’une petite partie des dépenses, devrait plus que doubler en 2026.
Globalement, les perspectives sont positives. Ce qui nous mène au « mais » de l’histoire. Un diagramme du bulletin trace la corrélation entre l’argent dépensé et la valeur relative de cette dépense en tenant compte de l’inflation. Pour les années à venir, l’écart entre les dépenses dans l’exploration et la rentabilité de l’investissement se creuse. Ce qui pourrait être un montant record de dépenses dans l’exploration en 2026 ne se traduira en fin de compte que par un déclin de l’exploration réelle par rapport aux années précédentes.
La tendance a commencé à faire surface à la fin de la pandémie, et a empiré. Compte tenu de l’interruption du commerce mondial de produits énergétiques et des conséquences indirectes que cela devrait avoir, il est fort probable qu’elle devienne encore plus marquée.
Avec une telle toile de fond, il est plaisant de voir que le gouvernement, le milieu universitaire et l’industrie au Canada prennent des mesures concrètes pour renforcer la rentabilité de l’exploration. Comme l’explique Sara King-Abadi dans Les données sous nos pieds, l’un de nos articles passionnants de la section À la une consacrée à la gestion des données, des travaux sont en cours pour créer une base de données publique regroupant des informations provenant de carottes de forage. Cet effort arrive à un moment où les progrès technologiques, qu’ils concernent le balayage et la numérisation ou l’analyse, nous permettront d’extraire une valeur encore plus grande d’une réserve accessible d’informations géologiques.
Bien entendu, une bibliothèque de carottes ne fera pas baisser le coût du forage. Mais si le travail mené consiste uniquement à reproduire ce qui a déjà été fait, et dont les résultats sont perdus au fond d’un dossier, alors cet investissement public dans une bibliothèque centralisée et normalisée promet une rentabilité intéressante de l’investissement, ce dont l’industrie a besoin.
« Les dépenses d’exploration atteignent un niveau inégalé » est un titre édifiant. « La rentabilité des dépenses d’exploration continue de décliner », beaucoup moins.
Traduit par Karen Rolland