Avec l’aimable autorisation de Vincent Boulanger-Martel

La demande croissante en minéraux entraîne le développement d’exploitations minières dans des régions isolées et du nord du Canada. Toutefois, la gestion traditionnelle des déchets miniers et les solutions de réhabilitation de terrain ne sont souvent pas spécifiquement compatibles avec des températures extrêmement basses ni avec des conditions de pergélisol, ce qui présente des obstacles sur les plans technique et environnemental.

C’est ce qui motive Vincent Boulanger-Martel, professeur en génie géoenvironnemental pour les déchets miniers à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), dont les recherches portent sur le développement de stratégies de résilience climatique vis-à-vis de la gestion des déchets miniers et de la réhabilitation des sites dans les régions froides.

« Une roche est une roche et restera une roche. Du point de vue géologique, elle ne changera pas beaucoup », déclarait M. Boulanger-Martel. Mais, faisait-il remarquer, lorsque l’on exploite ces roches et qu’on en extrait les minéraux, puis que l’on stocke les résidus ou les stériles à la surface, elles deviennent des ouvrages d’art, soumis aux conditions environnementales qui changent leur comportement. Lorsqu’on ajoute des facteurs supplémentaires tels que les cycles de gel et dégel et le pergélisol, les méthodes de gestion sûres et respectueuses de l’environnement deviennent compliquées.

En juin 2025, M. Boulanger-Martel devenait le premier titulaire de la chaire de recherche du Canada en génie géoenvironnemental pour les déchets miniers des régions froides, un poste qu’il occupera pendant cinq ans avec la possibilité d’un renouvellement. La chaire s’accompagne d’un financement de 600 000 dollars, ce qui permettra à son équipe de travailler sur la conception et la gestion durable des structures minières essentielles dans des conditions spécifiques aux régions froides, de l’exploitation à la phase suivant la fermeture des mines.

M. Boulanger-Martel n’avait pas prévu de se lancer dans l’industrie minière. Il s’était initialement inscrit à un programme d’économie, mais après un trimestre, lors d’une discussion fortuite avec des amis sur ce qu’ils prévoyaient de faire après avoir obtenu leur diplôme, il s’est rendu compte qu’il n’avait pas choisi le domaine qui lui correspondait. Si l’objectif de ses amis était de porter un costume et de travailler dans des bureaux, ce n’était pas le sien. « Cela a été un tournant », se souvenait-il.

Son père étant ingénieur géologue et professeur à l’université, il était bien connaisseur du genre de postes disponibles dans ce domaine. C’est ainsi qu’il décidait d’étudier le génie géologique à l’Université Laval de Québec.

Lorsqu’il a envisagé des études de troisième cycle, il indiquait « avoir souhaité se tourner vers l’exploitation minière, tout en touchant aux aspects environnementaux de ce domaine ».

Ceci l’a mené jusqu’à l’UQAT, où il a mené sa maîtrise puis un doctorat en génie des minéraux. Les deux diplômes étaient axés sur les aspects de l’exploitation minière dans les régions du nord, notamment la remise en état des installations de stockage des résidus miniers dans des conditions arctiques, un domaine dans lequel il poursuit ses recherches avec ses étudiants et étudiantes.

« Le savoir est essentiel », indiquait M. Boulanger-Martel. « On ne se bat pas contre la nature, on l’utilise dans la conception. C’est l’un des aspects du travail que je mène. Nous n’essayons pas de contrôler la nature. Nous souhaitons adapter nos techniques, nos méthodes, [aux conditions] qui existent, et à ce qui se prépare, [notamment les effets du changement climatique]. »

Toutefois, faisait-il remarquer, il y a beaucoup d’inconnues, de la résistance au cisaillement et des propriétés des matériaux gelés à la manière dont ils réagissent à l’eau de pluie ou à la fonte des neiges, particulièrement dans les régions de l’Arctique. C’est ce qu’il essaie de comprendre avec son équipe dans ce domaine.

« J’aime me salir les mains et travailler avec les exploitants des sites, les machines et ce genre de choses », indiquait-il. « Pour moi, une thèse présente sa plus grande valeur lorsqu’elle est partagée et mise en action, et non lorsqu’elle reste sur une étagère. Idéalement, j’aime tirer les informations contenues dans ces thèses et les mettre en pratique sur des sujets qui sont utiles à la science, mais aussi aux exploitants et à l’objectif général, à savoir aider l’environnement autour des sites miniers. »

Traduit par Karen Rolland