Mines Agnico Eagle Limitée a mis en service un robot d’intervention et de lutte contre les incendies télécommandé pour appuyer les équipes d’intervention d’urgence souterraines de ses exploitations au Québec. Avec l’aimable autorisation de Mines Agnico Eagle Limitée

En cas d’incendie sous terre, les équipes de sauvetage minier se trouvent confrontées à un problème immédiat, à savoir parvenir à s’approcher suffisamment des flammes pour s’y attaquer sans se mettre en grand danger. Dans des exploitations isolées, cette difficulté peut être aggravée par un accès limité à une aide extérieure rapide. Ainsi, en cas d’incidents complexes ou prolongés, il est primordial de disposer en interne de capacités solides d’intervention d’urgence.

Ces difficultés lors de l’intervention ne se limitent pas à un type unique d’incident. À mesure que l’utilisation des véhicules électriques à batterie (VÉB) se généralise dans les mines, les incendies déclenchés par des équipements alimentés par batterie viennent ajouter une strate de complexité. En effet, leur extinction est particulièrement difficile, ce qui complique la rapidité avec laquelle les équipes de secours peuvent s’approcher et intervenir en toute sécurité.

Chez Agnico Eagle, ce risque naissant a donné lieu à un investissement d’environ un million de dollars au total dans un robot télé-opéré d’intervention de secours et de lutte contre l’incendie, qui est désormais intégré à l’intervention d’urgence dans trois de ses exploitations souterraines au Québec : la mine d’or Odyssey (située dans le complexe de Canadian Malartic), le complexe aurifère de LaRonde et le complexe aurifère de Goldex.

Au cœur de ce projet se trouve le TEC800 d’Angatec, un robot télé-opéré de lutte contre l’incendie fabriqué en France, conçu pour intervenir dans des environnements dangereux. Ce système robotique d’intervention a été mis en service à Agnico Eagle début 2026 dans ses exploitations du Québec, après presque deux ans de recherche et d’essais. Il vise à donner aux équipes de sauvetage minier une autre manière d’évaluer et d’intervenir dans des situations dangereuses, tout en protégeant les équipes humaines et en les tenant éloignées du danger immédiat.

Pour Benoît Massicotte, directeur corporatif à la santé et la sécurité à Agnico Eagle, ce projet de robot remonte en partie à l’arrivée des VÉB à la mine Odyssey, lorsque la société avait amené plus de 20 VÉB dans l’exploitation.

« Ceci [présentait] un nouveau risque dans notre exploitation, car le processus d’extinction d’un véhicule électrique à batterie en feu devient de plus en plus difficile », déclarait

M. Massicotte. Cette difficulté a donné une bonne raison à la société de s’intéresser à une technologie capable de s’approcher de la source d’une urgence avant que les équipes de sauvetage ne puissent intervenir en toute sécurité.

Plus proche du danger

D’après Angatec, le TEC800 pèse environ 500 kilogrammes (kg) et mesure 790 millimètres de large, ce qui lui permet de se déplacer dans des zones relativement confinées. Cette machine montée sur chenilles se déplace à une vitesse pouvant atteindre 12 kilomètres par heure. Elle est pilotée par un opérateur ou une opératrice utilisant une tablette durcie résistante aux chocs et aux projections d’eau.

Le robot peut être équipé de diverses options, notamment un canon à eau télécommandé, un porte-brancard et des caméras thermiques. Les caméras aident les opérateurs et les opératrices à voir au-delà de la fumée et à identifier les personnes qui pourraient se trouver dans des zones dangereuses.

D’après Annie Guay, coordonnatrice de la santé, de la sécurité et des mesures d’urgence à Agnico Eagle, le robot peut fonctionner à des températures allant jusqu’à 700 degrés Celsius. Les capteurs de température préviennent les équipes qui le contrôlent à distance lorsque les températures deviennent trop élevées, et un système de refroidissement se déclenche avant que la température n’atteigne ces limites.

Cette capacité est particulièrement importante sous terre, car l’équipement de protection individuelle que porte le personnel de sauvetage minier lorsqu’il s’approche des feux n’est pas le même que celui utilisé par les sapeurs-pompiers en surface, expliquait M. Massicotte. Dans certaines situations, les équipes d’intervention doivent en premier lieu faire baisser les températures dans la zone concernée à l’aide de mousse anti-incendie avant de pouvoir s’approcher sans danger.

Le robot, qui peut tracter jusqu’à 300 mètres de tuyau d’incendie rempli d’eau, aide à surmonter cette limitation en permettant aux équipes de s’attaquer à l’incendie le plus tôt possible à une distance suffisante en rapprochant la source d’eau du feu par contrôle à distance.

« Quelle est l’approche la plus efficace quand on essaie d’[éteindre] un incendie ? C’est [cette] intervention directe », indiquait M. Massicotte. « Elle réduit l’exposition de nos équipes de sauvetage minier, et cette intervention plus efficace [pour éteindre les feux] nous donne la possibilité [d’atteindre] plus vite les personnes coincées », ajoutait-il.

La lutte contre l’incendie n’est que l’un des multiples rôles prévus pour ce robot. Avec une charge utile maximale de 800 kg, le robot peut livrer des équipements d’urgence aux personnes que les équipes de sauvetage ne peuvent pas atteindre immédiatement, tout en réduisant la charge physique sur les équipes de sauvetage minier, lesquelles devraient autrement transporter du matériel lourd, tel que des appareils respiratoires et des pompes à incendie, dans un terrain difficile sous terre. Le robot peut aussi transporter une personne blessée ou coincée à l’aide d’un porte-brancard, ce qui est utile dans d’autres types d’urgences souterraines telles que des séismes et des effondrements.

Il est également primordial de maintenir la communication sous terre, et le robot est équipé de cette caractéristique qui fonctionne sur les réseaux d’évolution à long terme (LTE, de l’anglais Long-Term Evolution) sur les trois sites. Si le robot atteint les limites de sa connexion, il peut alerter l’opérateur ou l’opératrice avant de poursuivre. Un système de communication souterrain de secours permet de déployer des antennes relais autonomes alimentées par batterie, permettant au robot d’établir son propre réseau si la connexion principale devient trop peu fiable ou si les communications dans la mine sont interrompues.

Préparation au déploiement

Le projet d’Agnico Eagle n’a pas commencé par la conception d’un robot de sauvetage en partant de rien. De fait, la société s’est intéressée à la technologie déjà utilisée dans d’autres environnements d’intervention d’urgence et a envisagé la manière dont elle pourrait l’appliquer aux exploitations minières souterraines.

Une équipe de trois spécialistes en intervention d’urgence s’est rendue en France en décembre 2024 pour étudier les systèmes robotiques existants. Les membres de l’équipe ont visité des casernes de pompiers ayant de l’expérience dans l’utilisation de robots. Ils ont aussi visité le tunnel sous la Manche entre la France et le Royaume-Uni, qui utilise l’équipement robotique pour les interventions d’urgence.

D’après Angatec, le TEC800 a déjà été testé dans plusieurs environnements contraignants tels que les tunnels du Mont Blanc, et du Fréjus, ainsi que le tunnel sous la Manche.

Aux côtés de l’équipe de l’innovation du Centre régional de services et de développement d’Agnico Eagle, les spécialistes en intervention d’urgence ont évalué différentes technologies en fonction d’une série de critères avant de sélectionner le système robotique qui est apparu être le plus adapté aux besoins de la société. Deux membres de l’équipe de formation d’Angatec ont ensuite passé trois semaines sur le site pour former le personnel d’Agnico Eagle.

Les personnes employées sur les trois sites participants (Odyssey, LaRonde et Goldex) sont désormais formées. Les équipes d’intervention sont composées d’électriciennes et d’électriciens, de mécaniciennes et mécaniciens, de spécialistes en technologies de l’information (TI) et de membres de l’équipe de sauvetage.

« L’une des grandes difficultés [a été de] former notre personnel et de nous assurer que toutes et tous peuvent utiliser ce système tout en assurant l’entretien de l’équipement », déclarait M. Massicotte.

Les équipes de sauvetage minier des trois exploitations ont déjà eu l’occasion d’utiliser le robot lors de plusieurs scénarios et exercices en souterrain. Le robot n’a toutefois pas encore été utilisé lors d’une véritable urgence. Agnico Eagle l’améliore pour atteindre une préparation opérationnelle totale, prévue pour octobre cette année.

La phase d’essai actuelle consiste donc à comprendre la manière dont fonctionne le robot en souterrain et à déterminer ses limites pratiques.

Les essais doivent aussi tenir compte des différences entre les systèmes de communication sur les trois sites participants. La maintenance, la connaissance du système par les personnes qui l’utilisent et l’intégration à des procédures existantes de sauvetage minier font partie des autres points pris en considération.

D’après M. Massicotte, Agnico Eagle travaille étroitement avec le fabricant du robot pour perfectionner le système en fonction des retours obtenus après les essais sur le site.

Une ressource régionale

Le robot se trouve actuellement à la mine Odyssey, qui occupe une position stratégique entre la mine LaRonde, à 40 kilomètres à l’ouest, et la mine Goldex, à 18 kilomètres à l’est. Il est gardé en intérieur, chargé, dans une remorque spécialement conçue pour les interventions d’urgence. Outre le robot, la remorque comprend six appareils respiratoires, une pompe à incendie et l’équipement nécessaire à un déploiement souterrain rapide.

De la mine Odyssey, il peut être transporté pour intervenir dans les deux autres exploitations dès que nécessaire. Cette approche régionale n’élimine toutefois pas le temps requis pour une intervention initiale en cas d’urgence. Les équipes de sauvetage minier doivent se mobiliser et se rendre dans l’exploitation concernée, et le temps de transport du robot variera en fonction du site en question.

Pour Agnico Eagle, la valeur de ce robot réside plutôt dans ce qu’il se passe une fois que le robot et l’équipement connexe arrivent. Il offre aux équipes d’intervention une autre manière d’intervenir efficacement lors d’un incendie qui se déclare sous terre, tout en réduisant leur exposition à des conditions dangereuses.

Si le robot est entreposé à la mine Odyssey, Agnico Eagle ne considère pas que l’équipement appartient à une seule mine et peut simplement être prêté aux autres. Il s’agit plutôt d’une capacité d’intervention d’urgence pour Odyssey, LaRonde et Goldex, qui bénéficie d’un personnel formé sur les trois exploitations, qui sait l’utiliser et peut assurer son entretien.

« Ce n’est pas le projet d’un seul site, mais celui de trois sites », indiquait M. Massicotte.

Cet arrangement permet aux trois mines voisines de réunir un équipement spécialisé, des équipes d’intervention formées et une expertise technique dans le cadre d’une capacité d’intervention régionale unique.

Comme l’expliquait M. Massicotte, Agnico Eagle s’intéresse à ce projet de robot pour d’autres régions dans lesquelles la société opère. Par ailleurs, des organisations d’intervention d’urgence et des organismes de réglementation du Québec et de l’Ontario ont également manifesté leur intérêt pour ce projet. La société prévoit de commencer à partager de plus amples détails sur cette expérience à mesure que le programme mûrit, et elle a l’intention de présenter la technologie plus généralement l’année prochaine.

En comprenant où fonctionne la technologie de lutte contre l’incendie contrôlée à distance, là où elle ne fonctionne pas et comment l’intégrer dans le programme de sauvetage d’une mine en activité, Agnico Eagle pourrait offrir un exemple pratique à d’autres mines souterraines rencontrant des risques similaires.

M. Massicotte juge très utile de partager ces enseignements de manière plus générale à mesure que la technologie est testée et perfectionnée. « [Ce projet de robot] aidera l’industrie à s’améliorer », concluait-il.

Traduit par Karen Rolland