Les Jeux MineOpportunité, organisés à Sudbury en octobre 2025, ont réuni un total de 320 élèves du secondaire. Avec l’aimable autorisation de Nicole Tardif
Un concours annuel sous forme de jeu de société qui existe depuis deux décennies, destiné à sensibiliser les élèves des écoles secondaires du nord de l’Ontario à l’exploitation minière, prend de l’ampleur grâce à un financement du gouvernement provincial pour sensibiliser les élèves de toute la province.
Les Jeux MineOpportunité ont été présentés à plus de 4 000 élèves depuis la création du jeu de société du même nom en 2005 par Nicole Tardif, directrice adjointe de l’École des mines Goodman de l’Université Laurentienne.
Pendant le jeu, les élèves jouent en équipe pour essayer de développer et de construire des mines. Ce faisant, ils sont sensibilisés aux différentes carrières qu’offre l’industrie minière et aux étapes nécessaires pour passer de la découverte à l’exploitation. Les élèves sont répartis en deux catégories, les juniors (classes 9 et 10, deux premières années d’école secondaire) et les séniors (classes 11 et 12, deux dernières années d’école secondaire).
Les cartes qu’ils tirent dans le jeu les dirigent vers des kiosques tenus par des sociétés minières locales, des fournisseurs de l’industrie minière, des universités et d’autres personnes travaillant dans l’industrie. Ils doivent alors résoudre des défis, par exemple changer un pneu ou identifier un minéral à partir de plusieurs échantillons rocheux. Pour chaque défi réussi, l’équipe avance les pions disposés sur le plateau de jeu. Les élèves répondent aussi à des questions d’ordre plus général sur l’industrie, par exemple combien de mines en activité compte l’Ontario et combien d’éléments de la table périodique figurent dans la composition de leur téléphone cellulaire.
Un partenariat entre l’Université Laurentienne et MineConnect, l’association industrielle de l’Ontario pour les fournisseurs de l’industrie minière, élargit la portée des sessions de jeux de Sudbury à North Bay, Timmins et Thunder Bay.
En février, MineConnect a reçu 1,5 million de dollars sur trois ans du ministère des Affaires autochtones et de la Réconciliation économique avec les Premières Nations. Agnico Eagle a aussi annoncé en février dernier qu’elle octroierait 300 000 dollars sur trois ans au concours. Ces fonds serviront à digitaliser une partie du jeu de société afin que des élèves de l’ensemble de la région de l’Ontario puissent y participer dans un format hybride.
Les fonds provinciaux permettront de développer un partenariat avec les Premières Nations dans l’optique de créer du contenu pour le jeu sur la relation de l’industrie avec les peuples autochtones, et de mobiliser les écoles secondaires des communautés des Premières Nations pour leur faire découvrir ces jeux.
« Nous essayons de garantir un certain degré de collaboration avec les communautés [autochtones] afin de déterminer le meilleur moyen de rendre ce jeu pertinent pour les jeunes autochtones. L’objectif est que, lorsque nous jouons avec eux, le jeu ait un sens pour eux et reflète leurs points de vue », indiquait Mme Tardif. « Nous souhaitons également intégrer des perspectives et du contenu propres aux Autochtones pour les communautés non autochtones [afin] de montrer que ces processus sont une partie fondamentale de l’industrie minière et qu’ils doivent être débattus en collaboration avec ces communautés. »
Marla Tremblay, directrice générale de MineConnect, indiquait à l’équipe du CIM Magazine que les partenaires espèrent sensibiliser 10 000 élèves en une année avec le format hybride. Elle expliquait qu’en élargissant la portée du jeu, l’objectif était d’aider à faire évoluer la perception qu’a le public de l’industrie minière, perception qui n’est pas toujours positive et qui peut reposer sur des idées obsolètes du fonctionnement de cette industrie. Il s’agit également d’ouvrir les yeux des élèves à la possibilité d’une carrière dans ce secteur.
D’après une enquête récemment publiée par Abacus Data pour le compte du conseil des ressources humaines de l’industrie minière (RHiM), 32 % des jeunes Canadiennes et Canadiens âgés de 15 à 24 ans ont une perception positive de l’industrie minière. Ceci marque une amélioration par rapport aux 25 % seulement en 2023, même si le secteur minier reste à la traîne derrière tous les autres secteurs sur lesquels les 3 000 personnes interrogées se sont prononcées, notamment les soins de santé, les arts et la culture, les transports et la logistique, les services financiers, et le secteur gazier et pétrolier. La part des personnes interrogées qui envisageraient une carrière dans l’industrie minière a aussi augmenté (42 % par rapport à 31 % en 2023), même si ces résultats étaient les plus faibles parmi les neuf domaines représentés dans l’enquête.
D’après Mme Tremblay, les besoins en main-d’œuvre constituent « le problème numéro un » dont parlent les membres de MineConnect. « Nous comprenons que les mines ont besoin de personnes, tout comme les fournisseurs », indiquait-elle.
De modestes débuts
Il y a vingt ans, Mme Tardif créait ce qui deviendrait MineOpportunité alors qu’elle travaillait dans un laboratoire de géologie. Le jeu visait à aider les étudiantes et étudiants en première année dans le laboratoire à mieux comprendre les secteurs minier et de la géologie, et à rencontrer des personnes qui travaillaient dans le bâtiment, lequel abrite la commission géologique de l’Ontario, le Bureau du registraire minier (BRM) et d’autres membres du personnel du bureau du cabinet du ministère des mines de l’Ontario.
Quelques années plus tard, elle rejoignait le comité organisateur de la Sudbury Mining Week (la semaine de l’industrie minière de Sudbury). C’est alors qu’elle a compris que le jeu pourrait trouver une nouvelle raison d’être auprès des élèves du secondaire. Le jeu est devenu un concours dans le cadre de la semaine annuelle de l’industrie minière. Il dure généralement deux jours pour les écoles anglophones et francophones, permettant aux lycées locaux de faire participer leurs groupes d’élèves.
D’après Mme Tardif, les événements réunissent généralement entre 200 et 300 élèves. C’est en sensibilisant les élèves dès le lycée que l’on peut, selon elle, développer leur intérêt pour l’industrie avant qu’ils ne décident de leurs parcours en postsecondaire. Pour les élèves qui envisagent déjà l’industrie minière, les jeux leur font découvrir les débouchés existants dans leur région.
« Nous voulons toutes et tous promouvoir l’industrie minière comme un secteur gratifiant, très rémunérateur et amusant », ajoutait-elle. Elle faisait également remarquer qu’il est « important pour les communautés locales de savoir que l’Université Laurentienne est un chef de file dans ce domaine. Nous voulons nous assurer que les élèves intéressés par ces programmes et qui souhaitent rester près de chez eux [savent] que nous nous trouvons dans la région. De nombreuses activités de l’industrie ont lieu là où nous sommes localisés, à Sudbury. »
Un créateur d’écosystème
En 2023, l’Université Laurentienne a reçu un financement de 448 550 dollars du Réseau ontarien d’innovation pour les véhicules (ROIV) pour créer une version de MineOpportunité axée sur les automobiles, dont les questions porteraient sur l’électrification ainsi que les minéraux et les métaux utilisés dans les véhicules et les batteries. Le financement soutenait aussi des projets d’élargissement de la portée du jeu à North Bay, à Timmins et à Thunder Bay, mais l’Université Laurentienne ne disposait pas des relations industrielles locales nécessaires pour personnaliser les événements à ces communautés, expliquait Mme Tardif. Au même moment, MineConnect s’est rapprochée de l’Université Laurentienne concernant l’extension des jeux, et elle a pu combler cette lacune grâce à son réseau de fournisseurs de l’industrie minière et de membres de l’industrie implantés dans ces trois villes.
Mme Tremblay expliquait qu’elle souhaitait sensibiliser davantage ces régions à l’industrie minière, à mesure que de nombreux projets miniers et exploitations minières commençaient à se développer. « [Le nord-ouest de l’Ontario] regorge d’activité, mais les informations sont limitées car l’exploitation minière n’était pas jusqu’ici un moteur économique. Il y a bien eu quelques [projets] dans le Grand Nord, mais pas comme récemment, et rien en comparaison de ce à quoi nous nous attendons », expliquait-elle.
Mme Tremblay expliquait que les jeux étaient auparavant davantage axés sur l’industrie minière du point de vue des exploitants, mais MineConnect a élargi la portée du jeu et de son contenu pour y inclure des questions sur la chaîne d’approvisionnement du secteur minier dans son ensemble. Les sociétés qui commanditent ou font équipe avec les jeux peuvent élaborer des questions pour les cartes du jeu et les défis correspondants.
Les événements à North Bay, à Timmins et à Thunder Bay ont été adaptés à l’écosystème local afin que les étudiantes et étudiants puissent rencontrer des personnes travaillant dans des établissements d’enseignement supérieur, des universités et des sociétés implantés dans leur région. D’après Mme Tremblay, cela présente plusieurs avantages. D’un côté, les étudiantes et étudiants découvrent l’impact de l’industrie minière sur leur communauté ; de l’autre, les enseignantes et enseignants de lycée et les conseillères et conseillers d’orientation professionnelle ont une vision plus claire des offres d’emploi à présenter aux élèves.
Cela contribue aussi à consolider les relations entre les acteurs de l’économie minière locale. Les porte-paroles des établissements d’enseignement postsecondaire, tels que le Confederation College de Thunder Bay ou le Canadore College de North Bay, créent des liens avec l’industrie pour découvrir les compétences les plus recherchées chez les jeunes diplômés par cette dernière. Quant aux mines et aux fournisseurs de l’industrie minière, ils peuvent approfondir les possibilités d’embauche d’étudiantes et étudiants dans le cadre de programmes d’alternance travail-études et de stages.
« C’est une manière simple de les mettre en relation », indiquait-elle. « La communauté dans son ensemble découvre l’impact de l’industrie et ses besoins, et elle contribue à renforcer son avenir dans la région. »
La digitalisation au service de l’avenir
MineConnect et l’Université Laurentienne prévoient de digitaliser certaines parties du jeu, notamment la manière dont l’exactitude des réponses est vérifiée et dont l’argent est attribué aux équipes lorsqu’elles réussissent un défi. Mme Tremblay indiquait que ces changements permettront aux élèves de toute la province de jouer à ce jeu dans leurs classes, car le corps enseignant pourra assurer la médiation pendant le jeu. Il sera également plus facile d’organiser des concours en présentiel en réduisant le nombre de bénévoles nécessaires par jeu de société. À l’heure actuelle, pour chaque plateau utilisé dans les Jeux MineOpportunité, l’organisation requiert trois ou quatre bénévoles, notamment une personne pour animer le jeu, une pour gérer la banque et une pour vérifier les réponses.
Mme Tremblay espère que les enseignantes et enseignants des diverses parties de la région parviendront à renseigner leur ville ou leur code postal et pourront alors recevoir une série de questions de MineConnect et de l’Université Laurentienne qui reflètent la réalité de l’industrie minière locale et des entreprises de la chaîne d’approvisionnement de la région.
« Nous nous efforçons de partager les connaissances d’une manière ludique afin que les élèves découvrent l’industrie sous un jour divertissant, pratique et éducatif », indiquait Mme Tardif.
MineConnect a publié un appel à propositions en début d’année pour commencer la numérisation du jeu. Un autre appel à propositions pour le jeu en lui-même sera publié afin de pouvoir le vendre aux écoles.
Mme Tardif indiquait qu’elle et d’autres entités organisatrices des Jeux MineOpportunité ont entendu des élèves dire que le jeu leur avait ouvert l’esprit ou avait confirmé leur intérêt vis-à-vis de l’industrie minière. Certains partenaires de l’industrie ont embauché des élèves rencontrés au travers des jeux pour des stages d’été.
« L’établissement d’un réseau de relations est essentiel au lancement d’une carrière. C’est en exposant ces élèves aux spécialistes de l’industrie et en leur permettant de découvrir le travail propre à chaque carrière qu’ils pourront élargir leurs perspectives dans ces domaines », concluait-elle.
Traduit par Karen Rolland